NOTE_DE_SYNTHESE_ET_PROPOSITIONS_DU_CPRAC_RELATIVES_AUX_RESULTATS_PROVISOIRES_DE_L_ENQUETE_SUR_LA_CORRUPTION_EN_REPUBLIQUE_CENTRAFRICAINE
TRANSPARENCY INTERNATIONAL
I/ APPROCHE GENERALE
A/ COMMUNIQUE DE PRESSE
Journée internationale de lutte contre la Corruption : 09 Décembre 2005
Propos marqué de la Présidente de Transparency International, Huguette LABELLE : « Une plus forte volonté politique est indispensable si nous voulons vaincre la Corruption ».
Signature historique de la convention des Nations Unies contre la Corruption à Mérida au Mexique (2002).
Vérification de la signature et de la ratification centrafricaine de ladite convention.
137 signatures et 37 pays l'ont ratifiée.
Convention entrée en vigueur le 14 Décembre 2005 après réception de 30è instrument de ratification nécessaire.
Impact immédiat de ratification :
- Récupération des biens volés par les dictateurs et d'autres agents de l'Etat ;
- Prévention du blanchissement d'argent ;
- Poursuite des Entreprises et des Ressortissants étrangers corrompus ;
- Interdiction de la corruption des agents publics étrangers ;
- Renforcement de la responsabilité des Entreprises ;
- Renforcement des normes de vérification dans le secteur privé.
Travailler au plan du Droit interne centrafricain à la transposition et à l'applicabilité des effets conventionnels ci-dessus.
David NUSSBAUM, Directeur Général de Transparency International « le laxisme est le meilleur allié de la Corruption ».
Préparer (RCA) la Conférence de suivi, fin 2006 pour les signatures contrôle d'effectivité de la convention.
Solidarité financière entre les Pays Développés et les Pays en Voie de Développement pour la mise en œuvre de l'acte conventionnel et du niveau rigoureux de contrôle.
Faire intéresser les autorités nationales à la recherche d'un tel financement.
La journée de lutte contre la Corruption :
- Evaluation ;
- Perspectives pour le 09 décembre 2006.
Vérification du positionnement et de la situation du Baromètre mondial de la Corruption 2005.
Pots-de-vin payés par les pauvres pour accéder à des services de base de l'Etat.
Approche historique de Transparency International
Fondée en 1993, Transparency International est la principale organisation de la société civile chargée de lutte contre la Corruption.
Elle comprend :
- Un Secrétariat International basé en Allemagne ;
- 90 sections nationales.
N. B. : Vérifier l'existence de la section nationale et sa composition, si possible
(cf. www.transparency.org).
A défaut, mettre les moyens en place pour la création de ladite section.
B/ Baromètre mondial de la Corruption 2005
Ledit Baromètre résulte d'un sondage auprès de 55.000 personnes de 69 pays différents entre mai et octobre 2005.
Il avait pour finalité d'évaluer leur approche de la Corruption dans ces pays. Il en ressort l'évolution de la Corruption dans les trois dernières années dans 48 pays sur 69. Cette approche concerne davantage les pays africains et latino américains. Sauf six pays : la Colombie, la Georgie, l'Indonésie, le Hong kong, le Kenya et le Singapour ont estimé le recul de la Corruption.
Dans le communiqué de Presse, la RCA ne ressort pas ni dans le Baromètre. La région africaine concerne le Cameroun, l'Ethiopie, le Ghana, le Kenya, le Nigéria, le Sénégal, le Togo, l'Afrique du Sud, en ce qui concerne les pots-de-vin.
Toutefois, des résultats provisoires de l'enquête sur la Corruption ont été livrés pour la République Centrafricaine.
Ceux qui sont plus victimes sont les plus pauvres en Afrique. 10 et 20% de leur revenu par habitat sont concernés par les faits des pots-de-vin.
A titre d'exemple, le montant moyen de pots-de-vin payé annuellement par un Camerounais est de l'ordre de 205 $.
Les raisons de versement des Pots-de-vins même si certaines sont implicites :
- Obtention d'un service gratuit ;
- Accélération de la délivrance d'une autorisation (permis, licence,...) ;
- Résolution d'un problème.
Les entités les plus corrompues :
- Les partis politiques ;
- Le parlement /pouvoir législatif ;
- La police ;
- Les douanes ;
- La magistrature ;
- Secteur privé ;
- Les medias ;
- Administration fiscale ;
- Secteur médical.
De la « tête pourrie », suivent en cascade les autres structures publiques, parapubliques et privées.
Les pays africains placent en tête la police suivie des partis politiques, douanes, parlement/pouvoir exécutif, contrairement à l'Europe, Asie et Amérique Latine qui placent les partis politiques en première position.
II/ CORRUPTION EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE
Il convient de déterminer le cas centrafricain et son indice de perception de la Corruption pour asseoir un cadre concerté conventionné de lutte contre la Corruption et les normes codifiées de sanctions politiques, pénales et financières.
En RCA, la police et la gendarmerie arrivent en tête. Elles sont suivies de près par la douane, service de santé. Puis le système éducatif et judiciaire, l'armée, hommes d'affaire, Impôts, les partis politiques et l'enregistrement pour transmission.
L'enquête sur la Corruption en République Centrafricaine menée conjointement par Transparency International et le PNUD présente la spécificité d'avoir été orientée spécifiquement auprès des Entreprises. Elle met en exergue le degré de la Corruption liée aux obstacles, au développement des Entreprises ; les priorités de développement ; la perception de l'évolution du niveau de Corruption et perspectives d'une part, et les consentement et pratique de la Corruption dans les Entreprises privées qui concernent l'acceptabilité liée au degré de la corruption, l'attitude des entrepreneurs vis-à-vis d'un acte de Corruption et les pratiques de la Corruption mettant en relief in fine les causes fondamentales et actions de lutte contre la Corruption, d'autre part.
Pour les obstacles au développement des Entreprises, le problème d'insécurité vient en première position pour près de 90% des Chefs d'Entreprises et plus pour les Chefs de Petites et Moyennes Entreprises. Ensuite, les lourdeurs administratives. L'absence du personnel compétent et qualifié et les difficultés de financement freinent le développement qualitatif et quantitatif des Entreprises. L'imprévisibilité des règlementations et la forte Corruption dans le secteur public fragilisent les Entreprises privées.
Par ordre de priorité, les obstacles suivants marquent les handicaps de la croissance des Entreprises :
- Problèmes d'insécurité ;
- Corruption dans le secteur public ;
- Absence de fiabilité du système judiciaire.
Au cours de trois années, les Chefs d'Entreprises dans leur majorité (53%) estiment que la Corruption a augmenté. Pour les 28%, le niveau de la Corruption est resté stable pendant la même période.
Le niveau d'augmentation est plus prononcé chez les Chefs de Petites et Moyennes Entreprises (48%) que ceux des grandes Entreprises (34%).
Pour la projection dans les trois (03) prochaines années, 55% des Entrepreneurs et Petites et Moyennes Entreprises sont pessimistes. 25% des Chefs d'Entreprise croient à la réduction future du niveau de la Corruption.
Les secteurs les plus gangrenés sont progressivement :
- La police et la gendarmerie (94% des enquêtés) ;
- La douane (93% des enquêtés) ;
- le pouvoir judiciaire (90% des enquêtés) ;
- L'éducation et la santé (89% pour la première et 87% pour la seconde) ;
Les secteurs les moins affectés :
- Les médias (52%) ;
- Téléphone/Eau et Electricité (49%) ;
- ONGs et confessions religieuses (47%) dont 27% pour le premier secteur et 20% pour le second.
En ce qui concerne l'acceptabilité et les pratiques de la Corruption dans les Entreprises privées, les Chefs d'Entreprises sont en 80% opposés aux pratiques de la Corruption.
Elles concernent :
- Favoriser l'accès au travail d'un proche non qualifié (91,2%) ;
- Accorder une faveur ou un paiement supplémentaire pour un service hors cadre professionnel (84,6%) ;
- Accepter de l'argent ou cadeaux en échange de faveur (81,3%) ;
- Payer un pot-de-vin (84,6%) ;
- Faire un versement non officiel pour l'obtention des informations confidentielles (85%) ;
- Faire un versement non officiel pour bénéficier illégalement d'un marché public (84,6%).
L'implantation clientelaire des projets, l'offre d'un paiement supplémentaire ou d'une faveur en contrepartie des facilités administratives sont tolérés près de 30% des enquêtés.
Toutefois, en cas d'un acte de Corruption constaté, les entrepreneurs des grandes sociétés sont disposés prioritairement à déposer une plainte.
Une large majorité des entrepreneurs estiment nécessaire d'activer leur réseau clientelaire pour obtenir une licence ou un permis en souffrance ou corriger une injustice.
Au cours des douze (12) derniers mois, 72,5% des Chefs d'Entreprise ont reconnu effectuer des versements indus dont 76,8% chez les Petites et Moyennes Entreprises et 65,7% chez les Chefs des Grandes Entreprises.
Le rythme de versement illicite varie d'une (1) à trois (3) fois sur les douze (12) derniers mois.
Toutefois, 32% ont refusé d'y répondre dont 21% pour les Petites et Moyennes Entreprises et 52 % pour les Grandes Entreprises.
Pendant les douze (12) derniers mois précédent l'enquête, six (06) Chefs d'Entreprises sur dix (10) reconnaissent avoir fait un versement illégal en compensation d'un service rendu. Pour les Chefs de Petites et Moyennes Entreprises (PME), plus de 82% ont connu telle situation. Et 56% affirment verser un pot-de-vin.
Pour les Chefs de Grandes Entreprises (GE), les versements non officiels sous forme de cadeaux ou des dons ne constituent pas des faits illicites liés à la Corruption.
Néanmoins les secteurs de la douane, des impôts, du monde des affaires et de la police connaissent des fréquents versements illicites.
Malgré les difficultés de donner des montants et des destinataires des montants illicites, 27% du total des Chefs d'Entreprises admettent d'avoir versé entre 100.000 à 500.000 F CFA et plus particulièrement dans les secteurs de la Douane et des Impôts. Pour les Petites et Moyennes Entreprises (PME), le montant est de l'ordre de moins 100.000 F CFA dans les secteurs de la santé et de la police.
Pour accéder aux services de la Douane, le montant est élevé à 1.378.000 F CFA. Les Petites et Moyennes Entreprises (PME) sont nombreuses à l'effectuer.
Contrairement à la Douane, les services des Impôts exigent des versements supplémentaires ou une faveur pour service rendu intégré réellement au travail des fonctionnaires et agents de l'Impôt. Ce paiement supplémentaire est de l'ordre de 71,4%.
Pour retirer une contravention ou éviter des ennuis avec les forces de l'ordre (Police ou Gendarme), des versements illicites sont exigés. 73% des entrepreneurs les ont effectués. 20% concernent moins de 10.000 F CFA et 40% les 100.000 F CFA. Le montant de plus de 500.000 F CFA dans ce secteur est exceptionnel.
Pour certaines démarches dans les secteurs de l'Electricité, l'Eau et le Téléphone, cinq (05) Chefs d'Entreprises ont reconnu avoir versé illicitement de plus de 116.365.000 F CFA.
Au plan politique, plus de 62% des Chefs d'Entreprises estiment que les gens s'engagent en politique pour leur enrichissement personnel. 8% pour apporter l'aide à leur famille. 60% des entrepreneurs admettent l'utilisation d'un parti ou d'un leader politique pour bénéficier des faveurs (marché, emploi, litige, ...).
Les principales causes de la Corruption sont :
- Le retard dans le paiement des salaires (88%) ;
- L'impunité (87%) ;
- L'absence de transparence (79%) ;
- Les lourdeurs administratives (76%) ;
- Les faibles niveaux de salaires (70%) ;
- L'enrichissement personnel (62%)
Les pistes des mesures / actions pour la prévention et lutte contre la Corruption :
- Eviter des dons et versements non officiels (43%) ;
- Lutter contre la Corruption est l'affaire de l'Etat (20%) ;
- Dénoncer des faits de Corruption auprès des Organismes publics compétents (20%) ;
- Croire au rôle des Organisations Non Gouvernementales (ONGs) (10%) et des Medias (7%) dans la lutte contre la Corruption.
Par ailleurs, 50% des entrepreneurs reconnaissent que le Gouvernement ne dispose pas d'une politique de lutte contre la Corruption. Le taux est élevé chez les Chefs de Petites et Moyennes Entreprises (57%).
L'action de Recensement / Paiement a permis aux Chefs de Grandes Entreprises (51%) de reconnaître l'existence de politique de lutte contre la Corruption.
En conséquence, l'action gouvernementale de lutte contre la Corruption est peu efficace (64%), pas du tout performante (30%), totalement absente (25%). Les entrepreneurs estimés à 90%, pensent que l'action gouvernementale aggrave le niveau de Corruption.
En somme, il importe de prendre en compte les propositions contenues dans la Synthèse des Principales Conclusions du Séminaire organisé par l'Ecole Nationale d'Administration (ENA) de PARIS du Conseiller du CPRAC, Philippe BODO sur : LA CORRUPTION : REALITES ECONOMIQUES ET MOYENS DE LUTTE DU 17 MAI AU 11 JUIN 2004 :
- Le Gouvernement doit faire des salaires l'une des dépenses obligatoires et de souveraineté de l'Etat pour éviter aux fonctionnaires et agents publics de s'exposer à la Corruption ;
- Réactualiser les normes de prévention et de répression de lutte contre la Corruption ;
- Faire de la lutte contre la Corruption un module d'enseignement et de formation dans les écoles, l'université et les structures de formation professionnelle telles l'ENAM, l'Ecole Inter Etat des Douanes, l'Ecole de la Police, l'Ecole de la Gendarmerie, ...) ;
- Confectionner un manuel de lutte contre la Corruption comprenant les normes d'identification, de prévention, de sanction, des institutions de contrôle et de sanction ;
- Décliner ledit manuel en bande dessinée accessible au grand public ;
- Faire du Haut Conseil de lutte contre la Corruption une réalité et une autorité administrative indépendante de régulation et de contrôle nantie de pouvoir d'investigation, de coercition et des moyens adaptés à sa mission ;
- Nomination à la tête des Régies financières et aux postes stratégiques et sensibles des fonctionnaires intègres et compétents dont la moralité est à toute épreuve ;
- Former certains magistrats comme experts de lutte contre la Corruption ;
- Créer au sein de la Magistrature une brigade judiciaire anti Corruption ;
- Passer une convention d'expertise avec l'Organisation Internationale des Institutions Supérieures de contrôle des finances publiques ;
- Intensifier la coopération technique sous régionale (CEMAC ...) et régionale (UA) ;
- Définir les protocoles d'accord de coopération avec les institutions multilatérales dans le domaine de lutte contre la Corruption.
CONCLUSION
Si la faiblesse des résultats d'enquêtes de Transparency International réside dans le choix exclusif des entrepreneurs comme population cible au lieu d'étendre l'enquête à une famille des populations ciblées (Femmes / Hommes, commerçants, Agro-pasteurs, Artisans, Navigants, usagés de l'Administration ...), ils donnent des éléments objectifs d'appréciation du phénomène dangereux de la Corruption dans le pays. C'est un instrument que doit se saisir le Gouvernement pour redéfinir sa politique de lutte contre la Corruption et de l'impunité.
Claude L E N G A
Coordonnateur-Chef du Conseil Permanent Chargé de la Réforme de l'Administration Centrafricaine (CCCPRAC) ;
Ancien Professeur de Droit
à l'Université des Antilles – Guyane.
Professeur de Droit Public à l'Université de Bangui.