"Le 15 mai 1998 en perquisitionnant la Tour Elf, Les juges Eva Joly et Vichnievsky découvrent, on l'a vu, des notes du colonel Daniel - ex.Dgse. L'une d'elles indique qu'en 1991, un certain « B » a rencontré le dictateur Sassou Nguesso, brimé par la Conférence nationale souveraine, et lui a propose d'assassiner ses opposants. La justice française n'a pas exploité ces informations. Elle n'a pas demandé à Paul Barril, qui, à cette époque, fournissait des mercenaires à Sassou Nguesso, s'il connaissait ce monsieur « B ». Sur ses pratiques en Afrique et ailleurs, il n'a de comptes à rendre ni aux juges ni aux députés. A qui donc alors?"
Dans sa néocolonie centrafricaine, l'armée française continue à faire le gendarme et intervient à plusieurs reprises au cours des opérations « Alamandin 1 et 2». En 1996 elle réprime des soldats qui réclament leurs arriérés de salaires. L'armée française était devenue l'unique arbitre entre Patassé et les mutins. L'Elysée gère politiquement la crise allant jusqu'à couper les téléphones des leaders de l'opposition [1 ]. Elle intervient à nouveau fin mai 1996 avec plus de 1400 soldats pour réprimer une mutinerie au sein de l'armée centrafricaine. Il s'en trouve que des émeutes anti-françaises éclatent à Bangui obligeant, comme en Côte d'Ivoire 8 ans plus tard, les forces militaires françaises d'occupation à évacuer les Européens tandis que les médias français glosent sur l'Afrique sauvage avec ses despotes à leurs têtes. Sur le plan international, la stratégie française dans son ancienne colonie semble de plus en plus critiquée et Patassé fort du soutien français n'hésite pas à déclarer à Jacques Chirac : " tu nous a renvoyé l'ascenceur, tu n'as pas à rougir de ce que tu as fait" (Bernard Langlois, Nos bourbiers d'outre-mer, in Politis 30.05.1996 cité par Verschave [1]ibid, p.227). Ce sont donc les forces africaines et internationales onusiennes qui interviendront dominées essentiellement par un noyau militaire franco-tchadien (avec le soutien du criminel françafricain Idriss Déby). Le Centrafrique demeure une néocolonie caricaturale, Bokassa, le proconsulat barbouzard du colonel Mantion, l'exacerbation des clivages ethniques et la déliquescence du régime Patassé sur fond de prédation des richesses du pays : diamants, or, bois tandis que le peuple s'appauvrit de plus en plus.
Malgré une réélection douteuse en 1999 avec 51,6% des voix et le soutien des parrains français, Patassé continue à mener d'une main de fer le pouvoir tout en s'appuyant sur une légitimité libyenne et une partie de la Françafrique. Sur fond de convoitise des richesses diamantifères et pétrolières du pays, la Françafrique s'entredéchire mais comme toujours ce sont les africains qui en font les frais. Devant la gabégie de l'état et la paupérisation de la population, les coups d'états se succèdent pour déstabiliser un Patassé dont la dérive criminelle du pouvoir semble de plus en plus manifeste. D'autres part son rapprochement avec le Libyen Khadafi n'est pas sans chatouiller les susceptibilités françafricaines. Après maints coup d'Etats, celui de Bozizé en mars 2003 destitue Ange-Félix Patassé et le contraint à fuir au nord du pays pour finir par se réfugier au Togo.