LA DETTE DU TIERS MONDE PAR LE COMITE POUR L'ANULATION DE LA DETTE DU TIERS MONDE



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Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde
A propos du CADTM



Fondé en Belgique le 15 mars 1990, le Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) est un réseau international constitué de membres et de comités locaux basés en Europe, en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Il agit en coordination avec d'autres organisations et mouvements luttant dans la même perspective (Jubilé Sud et d'autres campagnes agissant pour l'annulation de la dette et l'abandon des politiques d'ajustement structurel). Son travail principal : l'élaboration d'alternatives radicales visant la satisfaction universelle des besoins, des libertés et des droits humains fondamentaux.

Depuis sa création, le CADTM est une association pluraliste constituée de personnes morales [1] et de personnes physiques. Une association qui ancre son action au carrefour des luttes des mouvements sociaux populaires, des mouvements d'éducation permanente, des syndicats, des comités de solidarité internationale et des ONG de développement. Membre du conseil international du Forum social mondial, le CADTM s'inscrit pleinement dans le mouvement citoyen international qui lutte pour « d'autres mondes » possibles, ébauchant les traits d'une mondialisation alternative à celle que les promoteurs du modèle capitaliste néolibéral globalisé présentent comme l'horizon indépassable du bonheur des peuples, l'état naturel de la société, la « fin de l'Histoire » tenue de s'imposer à toutes et tous, et en tous lieux.

Partie prenante de ce « mouvement altermondialiste » qui récuse les dogmes néolibéraux, le CADTM se donne pour mission de contribuer à l'émergence d'un monde fondé sur la souveraineté des peuples, la solidarité internationale, l'égalité, la justice sociale [2]. Les projets, outils et activités qu'il développe à cette fin s'inscrivent dans une dynamique associant la recherche et l'action : publications (ouvrages, articles, analyses, revue...), conférences-débats, séminaires, formations, rencontres et manifestations internationales, campagnes de sensibilisation, concerts, etc.

L'objectif premier du CADTM - son angle d'attaque - est l'annulation de la dette extérieure publique des pays de la Périphérie (Tiers Monde et ex-bloc soviétique) et l'abandon des politiques d'ajustement structurel imposées par le trio Fonds monétaire internationaI (FMI), Banque mondiale, Organisation mondiale du Commerce (OMC). Il s'agit de mettre un terme à la spirale infernale de l'endettement et de parvenir à l'établissement de modèles de développement socialement justes et écologiquement durables.

Pour le CADTM, l'annulation de la dette extérieure publique des pays de la Périphérie n'est cependant pas une fin en soi. Elle est bien davantage un moyen, une condition nécessaire mais non suffisante au développement véritablement durable et socialement juste qu'il s'agit de promouvoir, tant au Sud qu'au Nord de la planète.

Objectifs et revendications

Le CADTM se fixe quatre missions principales :

Proposer une analyse approfondie des origines et des conséquences de la dette de la Périphérie et des possibilités techniques et politiques de son annulation ;

Elaborer des alternatives de financement du développement humain et de transformation radicale de l'architecture institutionnelle et financière internationale ;

Définir les étapes menant à la garantie universelle des droits fondamentaux ;

Renforcer les mouvements sociaux et les réseaux citoyens aux niveaux national et international et interpeller les représentants politiques à chacun de ces niveaux.

L'évolution de l'économie mondiale au cours des deux dernières décennies a montré que les peuples de la Périphérie ne pouvaient obtenir la satisfaction des droits humains par le biais de marchés financiers instables et concentrés sur une vingtaine de pays en développement. Parallèlement, les conditionnalités des prêts du FMI et de la Banque mondiale, appuyées par le Club de Paris, le cartel des pays les plus industrialisés, ont entraîné des réformes macroéconomiques qui creusent les inégalités, qui génèrent un appauvrissement massif et qui pérennisent l'endettement et la soumission au marché mondial dominé par les transnationales des pays les plus industrialisés.

Aussi est-il nécessaire que la Périphérie se libère de la dépendance envers les marchés financiers et les prêts multilatéraux en mettant en pratique un modèle alternatif comprenant plusieurs axes fondamentaux : une complémentarité Sud - Sud, une redistribution de la richesse pour mettre fin aux scandaleuses inégalités sociales, la création de fonds de développement importants et démocratiquement contrôlés par les parlements et par les citoyens des pays concernés (ce qui implique l'établissement d'un mécanisme de surveillance transparent et efficace, et, de manière plus générale, de mécanismes de participation populaire directe et démocratique permettant l'élaboration et la prise en mains par les citoyen(ne)s des projets de société qui engagent leur avenir).

Comment seraient alimentés ces fonds de développement ? D'abord, bien entendu, par les sommes libérées par l'annulation de la dette de la Périphérie. Depuis 1980, celle-ci a été remboursée huit fois ! Mais elle a quadruplé depuis lors. Cette dette, dont une large part n'a jamais profité aux populations locales, est illégitime. Elle implique des transferts massifs de capitaux du Sud vers les créanciers du Nord (quelque 300 milliards de dollars annuels), les capitalistes de la Périphérie prélevant leur commission au passage. Le remboursement de la dette se fait au détriment des budgets sociaux et entraîne une « re-colonisation économique » de la Périphérie par les transnationales et les gouvernements des pays les plus industrialisés.

Les classes dominantes des pays de la Périphérie participent du système capitaliste mondial globalisé et tirent elles-mêmes avantage de l'endettement externe de leur pays. Elles placent dans les pays les plus industrialisés les capitaux qu'elles ont accumulés grâce à l'exploitation des salariés et des petits producteurs (paysans et artisans) de leur pays. Ensuite, elles empruntent des capitaux aux banques du Nord et sur les marchés financiers des pays les plus industrialisés. Leurs emprunts bénéficient le plus souvent de la garantie de l'Etat et, en cas de non-remboursement, sont pris en charge par les pouvoirs publics de la Périphérie, ce qui alourdit la dette externe publique.

De leur côté, les transnationales (y compris les banques) des pays les plus industrialisés et les institutions internationales qui défendent leurs intérêts (FMI, Banque mondiale, Organisation mondiale du Commerce, Club de Paris...) mettent en coupe réglée l'ensemble de la planète en commençant par la Périphérie, considérée comme une vaste réserve de matières premières et de main d'œuvre à bon marché. Elles utilisent l'arme de la dette pour dicter aux gouvernements de la Périphérie des mesures économiques (appelées « ajustement structurel ») qui permettent, de fait, de les recoloniser. L'exploitation des ressources naturelles (pétrole, or, diamant, eau, bois, etc.) repasse sous le contrôle direct des transnationales ; les principaux services publics sont privatisés (eau, santé, éducation, électricité, télécommunications...) ; le modèle du « tout pour l'exportation » se renforce... Les grandes orientations politiques et économiques tendent à être prises dans les capitales des Etats créanciers et sont ensuite appliquées par les gouvernements des pays endettés. Les cultures nationales sont laminées par l'invasion culturelle principalement « made in USA ».

Le CADTM, on l'a dit, considère l'annulation de la dette comme un préalable indispensable mais non suffisant. Il revendique également [3] :

Le versement par les pays les plus industrialisés de réparations en dédommagement du pillage perpétré depuis des siècles dans les pays de la Périphérie. Les cinq derniers siècles, en particulier, ont été jalonnés par la conquête coloniale, par la traite et la déportation des Noirs, par l'extermination de populations, l'anéantissement de cultures locales, voire de civilisations entières, l'épuisement des ressources et la destruction de l'environnement. L'asservissement par le système de l'endettement externe est une forme supplémentaire de pillage. Cela ouvre le droit des peuples de la Périphérie, victimes de ce pillage, à percevoir des réparations. Les pays les plus industrialisés ont contracté au cours de l'histoire une dette historique et écologique à l'égard de ces peuples. Il faut transformer l'aide publique au développement (APD) en fonds de réparation. Sur base de l'engagement pris par les pays industrialisés notamment lors de la conférence de Rio en 1992 (atteindre une APD d'au moins 0,7% du produit national brut - PNB), il faut tripler les montants consacrés à l'aide publique et la rebaptiser « fonds de réparation » (la moyenne de cette aide publique allouée par les pays du Nord s'élevait en 2003 à 0,23% de leur Produit intérieur brut). Le CADTM apporte donc son soutien aux mouvements sociaux africains qui, lors de la conférence de l'ONU contre le racisme à Durban au début septembre 2001, ont exigé réparation pour les crimes commis au cours de l'Histoire contre leurs peuples, notamment la traite des Noirs et l'esclavage. Le CADTM apporte également son soutien aux mouvements qui luttent pour la reconnaissance de la dette écologique.

La rétrocession des biens mal acquis par les élites du Sud : les peuples du Sud ont été spoliés par les pires dictatures, souvent soutenues par les pays du Nord et profitant d'un système d'impunité structurel. Cette spoliation se poursuit dans le cadre de la soi-disant « bonne gouvernance ». La suppression du contrôle des mouvements de capitaux dictée par les institutions financières internationales favorise une délocalisation massive des capitaux et facilite le blanchiment de l'argent du crime. Les biens mal acquis doivent être rétrocédés aux populations qui ont été dépouillées, ce qui implique la réalisation d'enquêtes internationales et la levée du secret bancaire ;

La taxation des transactions financières (taxe de type Tobin) : en présumant du fait que l'introduction d'une telle taxe calmerait quelque peu la frénésie spéculatrice des opérateurs et diminuerait le volume des transactions à 500 milliards de dollars par jour (de l'ordre de 1.250 milliards par jour en 2003), une taxe de 0,1% dégagerait annuellement 120 milliards de dollars ;

L'établissement d'un impôt mondial exceptionnel sur les grosses fortunes, tel que l'a proposé la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) en 1995 ;

L'établissement d'un programme international de conversion des dépenses militaires en dépenses sociales et culturelles.

Ces fonds de développement, qui s'élèveraient à plusieurs centaines de milliards de dollars (alors que les Nations Unies évaluent à 80 milliards la somme annuellement nécessaire pour assurer un accès universel aux services sociaux de base) permettraient aux pays du Sud d'établir progressivement des modèles de développement largement financés par leur épargne intérieure, intégrés en zones régionales et adaptés à leurs richesses naturelles et culturelles spécifiques. Répétons-le : à cet égard, la participation active des citoyennes et citoyens du Sud (notamment à travers les institutions parlementaires) dans les prises de décision qui les concernent directement est fondamentale. En outre, toute conditionnalité macroéconomique d'ajustement structurel imposée par les créanciers doit être abolie.

Le CADTM se prononce également pour l'établissement d'une nouvelle architecture économique et financière internationale. Revendication qui implique notamment :

La réforme radicale ou le remplacement du FMI, de la Banque mondiale, ainsi que de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) qui déterminent les politiques économiques protectionnistes imposées aux pays pauvres par les pays riches. Les règles de l'OMC sont largement défavorables aux pays de la Périphérie, et singulièrement aux paysans et aux populations du Sud. Cette logique doit être inversée, ce qui implique de rompre avec le protectionnisme et les subventions à l'exportation du Nord et de soutenir le droit du Sud au protectionnisme - et par là même son droit à la souveraineté alimentaire ;

Le contrôle des marchés financiers. Aucun financement du développement ne peut être durable sans que les marchés financiers, hautement opaques et spéculatifs, ne soient contrôlés. Cela implique d'assurer une « traçabilité » de toutes les opérations financières et de contrôler les mouvements de capitaux au niveau international.

La suppression des paradis fiscaux.

Enfin, le CADTM considère comme partie intégrante de ses objectifs et de ses revendications prioritaires l'émancipation des femmes. Il demande la réduction généralisée du temps de travail. Il appuie également la lutte des mouvements de sans-papiers et des collectifs qui les soutiennent, dénonçant les centres fermés, les expulsions et les politiques sécuritaires et d'exclusion. Il soutient les mouvements et les citoyen(ne)s du Sud et du Nord qui revendiquent une réforme agraire radicale, la souveraineté alimentaire, et qui s'opposent à l'expérimentation, à la mise en culture et à la commercialisation d'organismes génétiquement modifiés (OGM). Il s'oppose à la criminalisation et à la répression de ces mouvements sociaux - et de la contestation en général.

Plus globalement, pour le CADTM, tous les peuples doivent pouvoir disposer du droit de concevoir leur propre développement sans être tenus de se référer au modèle dominant dont les ravages sociaux et écologiques sont patents. La mondialisation néolibérale et ses acteurs majeurs - organisations internationales, entreprises transnationales, banques, holdings financiers et gouvernements - doivent respecter le droit international reconnu (Déclaration universelle des Droits de l'Homme, Pacte international relatif aux Droits économiques, sociaux et culturels, Pacte international relatif aux Droits civils et politiques, Accords multilatéraux sur l'Environnement, Conventions de base de l'Organisation internationale du Travail (OIT), Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, Convention européenne des Droits de l'Homme, Convention de Genève, etc.).

Les bases existent, en droit international, qui permettent d'exiger d'autres comportements de la part des institutions financières internationales. Le rôle démocratique des Etats membres de ces institutions est à ce sujet primordial : les parlements, après audition des ministères, des syndicats, des ONG et des associations concernés, devraient rédiger un rapport annuel contraignant sur les politiques menées par leurs gouvernements au sein des organisations internationales, avec le souci majeur de faire coïncider ces politiques avec la réalisation des droits fondamentaux.

A cet égard, le CADTM soutient le principe de l'indivisibilité des droits : les droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux doivent être défendus avec la même vigueur que les droits civils et politiques. Ce qui implique, dans un premier temps, l'adoption d'un Protocole tel que demandé en 1993 par la Conférence de Vienne, et, dans un second temps, de pouvoir juger certains crimes économiques comme des crimes contre l'Humanité imprescriptibles par nature. Le premier devoir de la justice, où que ce soit, doit être de faire respecter les droits humains fondamentaux, au Nord comme au Sud. Toute politique doit être guidée par cette priorité.

Origines et évolution du CADTM

La fondation du CADTM en mars 1990 s'est faite sur base de l'Appel de la Bastille, lancé en France en 1989 par l'écrivain Gilles Perrault et le chanteur Renaud (voir plus loin le texte de l'Appel). En 1991, le CADTM devient une association sans but lucratif (ASBL, l'équivalent des associations Loi 1901 en France). Bien que tourné dès le départ vers des actions menées au niveau international à l'occasion des réunions du G7 (le groupe des sept pays les plus industrialisés de la planète : Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon), de l'ONU, de la Banque mondiale et du FMI, il réalise principalement un travail d'éducation et de mobilisation en Belgique, son pays d'origine, entre 1990 et 1993.

Dès sa création, le CADTM organise des campagnes qui visent à élargir la sensibilisation et la mobilisation du grand public sur l'urgence de relations équitables entre le Nord et le Sud : “Dette du Tiers Monde : bombe à retardement” (1990), “Dette du Tiers Monde au temps du choléra” (1991), “Quand 40.000 enfants meurent chaque jour, il n'y a pas une minute à perdre” (1992-1993), “Dette du Tiers Monde : nécessaire solidarité entre les peuples” (1994-1997), “Du Nord au Sud : l'endettement dans tous ses Etats” (1997-1998), « Des Ressources pour des Alternatives en faveur des citoyens et du développement » (1999-2000) et la campagne “ Abolir la dette pour libérer le développement ” (2000-2004).

L'année 1994 marque un tournant pour le CADTM, qui lance, sur le modèle de la campagne « IMF, World Bank, WTO : 50 Years is Enough » initiée aux Etats-Unis un appel mondial intitulé "Banque mondiale, FMI, OMC : 50 ans, ça suffit !" et qui co-organise en septembre le sommet de Madrid « Les Autres Voix de la Planète ». C'est à partir de 1994 que le CADTM qui travaillait jusque là sans permanent stable, reçoit des subventions de la coopération internationale belge pour le volet d'éducation au développement, ce qui lui permet de renforcer sa capacité d'organisation et de sensibilisation. C'est également à partir de 1994-1995 que le CADTM produit des publications à diffusion internationale (en français, en néerlandais et en anglais). Entre 1998 et 2002, le CADTM renforce ses moyens et son équipe, au Nord comme au Sud. De nouveaux comités et/ou partenariats se constituent (en Afrique de l'Ouest, au Maghreb, en Afrique centrale, en France et en Suisse) tandis que d'autres associations s'intègrent ou collaborent étroitement au réseau international (associations du Mali, du Burkina Faso, du Niger, de Côte d'Ivoire, du Congo Brazzaville, de la République démocratique du Congo, d'Angola, d'Equateur, de Colombie, du Venezuela, du Paraguay, de Tunisie, d'Algérie, du Maroc, du Bangladesh, d'Inde, de la Réunion...).

En 1998-1999, le CADTM participe à la campagne mondiale Jubilé 2000. En 1999, il est associé étroitement à l'organisation à Saint-Denis (Paris) des Rencontres internationales placées sous le thème "Contre la dictature des marchés : un autre monde est possible" (co-organisées par ATTAC France, le CADTM, la Coordination pour le contrôle citoyen de l'OMC (CCCOMC), le Forum mondial des Alternatives et DAWN, organisation féministe). Ces rencontres préfigurent le travail en réseau et les mobilisations à venir du mouvement altermondialiste. En 1999, le CADTM, le Centre national de Coopération au Développement (CNCD), l'association Les Amis du Monde diplomatique et des individus fondent ATTAC en Belgique. En décembre 2000, le CADTM organise conjointement avec le CNCD, le CONGAD Sénégal (Conseil des ONG d'Appui au Développement) et Jubilee South deux rencontres internationales à Dakar : "Afrique : des Résistances aux Alternatives" et "Premier Dialogue Sud/Nord".

A partir de 1999, le CADTM acquiert une reconnaissance nationale et internationale sur la question de la dette de la Périphérie, aux côtés d'autres réseaux : au Nord, le réseau Jubilé 2000 (autour de Jubilee 2000 en Grande-Bretagne et Erlassjahr 2000 en Allemagne) et Eurodad (réseau d'ONG européennes travaillant sur la question de la dette) ; au Sud, Jubilee South. A l'image de ses publications qui gagnent en professionnalisme et en diffusion internationale, le travail et l'extension du réseau progressent constamment, en relation étroite avec d'autres réseaux partenaires naturels : ATTAC, le Forum mondial des Alternatives, la Marche mondiale des Femmes, le syndicat international paysan Via Campesina, Focus on the Global South (Thaïlande)... ou avec des associations nationales telles que le Réseau citoyen pour l'Abolition de la Dette extérieure (RCADE, Espagne).

Entre 2001 et 2003, le CADTM est directement associé à la préparation et à la réalisation du Forum social mondial, dont les trois premières éditions se tiennent à Porto Alegre, au Brésil. En juin 2002, le CADTM participe activement au Rassemblement des Peuples à Siby (Mali, organisé par la CAD-Mali/Jubilé 2000), en contrepoint au sommet du G8 (le G7 + la Russie) retranché dans les Montagnes rocheuses au Canada, ainsi qu'au Forum social européen de Florence, en novembre 2002, au cours duquel se réunira l'Assemblée des Mouvements sociaux qui lancera l'appel à la manifestation mondiale d'opposition à la guerre contre l'Iraq - plus de douze millions de personnes dans les rues le 15 février 2003, aux quatre coins de la planète, et plusieurs millions le 22 mars.

Les activités du CADTM aux niveaux national et international seront encore plus nombreuses en 2003 et 2004, avec notamment l'implication du réseau dans les mobilisations de Siby (juin 2003), de Genève et d'Annemasse (Suisse - France) contre le sommet du G8 (en juillet), ou du Larzac, en France, à la mi-août 2003 : 200.000 participants (alors qu'on en attendait quatre fois moins) réunis pendant trois jours autour de l'opposition à l'agenda de Doha soumis à l'agenda de la rencontre interministérielle de Cancun (Mexique) prévue en septembre 2003, du soutien au recours à la désobéissance civile pour lutter contre l'expérimentation des OGM, de la solidarité avec la Palestine ou de la convergence entre différentes luttes sociales (défense du système des retraites par répartition, luttes des enseignants, des intermittents du spectacle, etc.). Sans oublier les mobilisations de Paris-Saint-Denis (deuxième Forum social européen, novembre 2003), de Mumbaï (quatrième Forum social mondial, convoqué pour la première fois en Inde, en janvier 2004), ni la participation du CADTM aux activités d'avril 2004 en Afrique du Sud pour le dixième anniversaire de la fin de l'Apartheid, ou son implication dans la nouvelle campagne internationale contre les institutions de Bretton Woods, désormais sexagénaires, sous le mot d'ordre « 60 ans, c'est l'âge de la retraite ! ».

De nouveaux champs du possible...

Le CADTM travaille comme un collectif d'élaboration. Il a participé à de nombreux comités de rédaction de plates-formes et de déclarations sur le plan international. A Madrid en 1994, à Copenhague et à Bruxelles en 1995, au Chiapas et à Manille en 1996, à l'Ile Maurice et à Caracas en 1997, à Saint-Denis en 1999, à Bangkok, Genève et Dakar en 2000, à Porto Alegre en 2001-2002-2003, à Genève en 2003, pour ne prendre que certains de ces moments forts qui lui ont permis de contribuer à enrichir l'analyse produite en différents endroits de la planète. Ces exercices de démocratie et de structuration sont des éléments-clés pour rompre le sentiment d'isolement et avancer dans la construction d'un projet commun.

Une des spécificités du CADTM a justement été de mettre d'emblée l'accent sur son caractère international et internationaliste. International, cela va de soi quand on aborde une telle problématique. Mais parallèlement, dans sa ligne de conduite, il s'attachait à renouer avec une dynamique anti-impérialiste, un nouvel internationalisme qui battait un peu de l'aile à cette époque (le début des années 1990) mais qu'il semblait plus urgent que jamais de reconstruire.

Alors que le CADTM se construisait en Belgique, il s'est ouvert directement aux mouvements qui existaient ailleurs ou qui étaient en voie de constitution, comme ATTAC à partir de 1998-1999 ou Jubilé Sud à partir de 1999. Chaque fois que l'occasion s'en présentait, des “acteurs sociaux” d'autres régions du monde étaient invités par le CADTM, qui, de son côté, répondait aux invitations à l'étranger qui découlaient de ces premiers contacts.

Son extension internationale n'a pas empêché le CADTM de poursuivre un travail opiniâtre de fourmi au niveau local. Que ce soit un professeur qui l'interpelle, une paroisse au temps du carême, une mosquée qui organise un séminaire, un groupe de chômeurs, un comité de solidarité, un syndicat qui organisent une formation sur la mondialisation, le CADTM répond aux appels lancés avec toujours pour objectifs la compréhension, la prise de conscience et la mobilisation.

A force d'analyser les mécanismes de la dette du Tiers Monde, à mesure que les promoteurs de ces mécanismes affinaient leurs politiques, le CADTM a été amené à élargir le champ de son intervention. Etudier et dénoncer les attaques frontales menées contre le système éducatif, le système de santé, démontrer les effets néfastes des privatisations, les conséquences dramatiques du chômage et de la misère dans les pays de la Périphérie n'a pas de sens si l'on n'est pas en mesure, simultanément, de détecter dans sa propre région ces mêmes mécanismes pervers, ces mêmes politiques nuisibles à l'œuvre et de les combattre avec autant de détermination - même si elles ne s'appliquent pas (encore) avec la férocité déployée ailleurs. De même que, pour pouvoir expliquer la nécessité d'un impôt sur les transactions spéculatives à l'échelle mondiale, il faut bien évidemment se pencher sur la problématique de l'imposition des grosses fortunes dans son propre pays. Pour prendre un autre exemple, celasignifie aussi que celui qui peut décoder l'injustice de l'endettement de la Périphérie a le devoir moral de s'attaqueravec une égale conviction aux dettes publiques des pays industrialisés. Dans le Nord aussi, le système de la dette publique est un mécanisme de transfert de richesses des salariés et petits producteurs vers la classe capitaliste.

Elargissement... à l'Est, également : le CADTM s'est ouvert aux pays de l'ex-bloc soviétique, qui sont directement confrontés, eux aussi, à la problématique de la dette et de l'ajustement et dans lesquels un certain nombre de mouvements cherchent des alternatives originales.

Autre manifestation de l'élargissement du champ d'action du réseau : la lutte est désormais menée également sur le terrain de la justice et du droit - et plus spécifiquement sur le terrain du droit international. Des poursuites pénales contre le FMI et la Banque mondiale sont envisagées, pour complicité avec des régimes dictatoriaux etimposition de politiques contraires aux droits humains ; la nécessité d'un audit citoyen de la dette est devenu un thème central des activités du réseau CADTM, en lien avec ses partenaires ; le travail mené par le CADTM, avec d'autres, sur la question de la dette odieuse, rencontre un écho international qui va grandissant.

L'ouverture du champ d'intervention du CADTM s'exprime en outre dans son engagement dans des initiatives de type référendaires (par exemple la « consulta », grande consultation populaire organisée en Espagne en mars 2000 par le Réseau citoyen pour l'Abolition de la Dette extérieure, avec plus d'un million de participants ; ou au Brésil, avec le referendum réalisé en septembre 2000 par les mouvements sociaux - 6 millions de bulletins de vote ; ou encore en Argentine, avec la consultation populaire « autoconvoquée » sur l'ALCA [4], la dette et la militarisation, à laquelle plus de deux millions de citoyens ont participé fin novembre 2003), dans la préparation d'audits citoyens de la dette ou de tribunaux d'initiative populaire contre la dette. Autant de réalisations concrètes qui ont permis à la campagne internationale pour l'annulation de la dette de prendre progressivement un caractère de masse, et de rendre possible la réussite d'autres initiatives continentales et mondiales (notamment le tribunal international des peuples à Porto Alegre en 2002 et à Genève en 2003). Gageons que le mouvement n'est pas prêt de s'arrêter ! Et signalons enfin le travail effectué par le réseau CADTM sur la question de la dette écologique, qui élargit encore la problématique qu'il embrasse.

A noter aussi qu'au gré de ses multiples activités, le CADTM s'est doté d'un réseau scientifique international rassemblant des chercheurs et universitaires de tous les continents qui lui permet d'élaborer des analyses scientifiques pointues et de renforcer ses capacités d'Observatoire de la dette et du financement du développement. C'est cette expertise qu'il met au service des mouvements sociaux et citoyens dans le monde.

... pour d'autres mondes en marche

L'action du CADTM est certes modeste au regard du défi auquel il est confronté - les autres acteurs du processus social historique repris sous le terme générique de « mouvement altermondialiste » rencontrent ce même défi : la construction commune de ces autres mondes possibles qu'il est urgent - vital ! - de substituer aux logiques mortifères de la mondialisation néolibérale. Mais elle indique qu'il n'est pas vain de contribuer, à son échelle, au développement de ce mouvement international capable à la fois de penser la grande transformation mondiale en cours et de répondre par l'action aux problèmes nouveaux qu'elle pose.

Car si partout le monde frémit, résonnant de la colère légitime de peuples tiraillés par le sentiment d'une indignité forcée, poussés par un désir de mieux vivre, révoltés par la violence d'un système inique et sans issue, si partout le “ pessimisme de la raison ” est de rigueur pour mesurer l'ampleur de l'attaque néo-libérale, la profondeur dramatique de ses conséquences et la puissance de ses promoteurs (symbolisée notamment par le FMI, la Banque mondiale, l'OMC, les grandes entreprises transnationales, les principales places financières et le G8), il n'est plus possible désormais d'ignorer “ l'optimisme de la volonté ” qui anime des pans entiers de la population mondiale et les rassemble dans la volonté de se réapproprier le présent pour bâtir ensemble un avenir commun qui ne serait plus celui de la guerre, de la loi du plus fort, du profit, de l'exclusion et de l'injustice mondialisée.

Les politiques imposées par les “ saigneurs de la terre ”, ces « nouveaux maîtres du monde », provoquent des catastrophes sociales, écologiques, économiques, culturelles vécues simultanément par l'écrasante majorité des populations de la planète, réunies par les maux et l'appauvrissement généralisé qui leur sont imposés. Pour la première fois, en tout cas à une telle échelle, ces populations s'organisent pour faire pièce, ensemble, au système qui prétend les maintenir dans la misère et l'oppression. Aujourd'hui, la lutte des paysans sans terre du Brésil rejoint en effet celle des ouvriers de Volkswagen contre leur multinationale ; la lutte des communautés amérindiennes zapatistes pour une vie digne dans les campagnes mexicaines rejoint celle des grévistes de Mc Donald's en France ; la lutte des centaines de milliers de paysans indiens opposés aux décisions de l'OMC rejoint la lutte des sans papiers de France ou d'Espagne ; la lutte des syndicats sud-coréens pour défendre leurs conquêtes rejoint celle des mouvements sociaux de la République démocratique du Congo pour l'annulation de la dette africaine ; la lutte de la population bolivienne contre l'imposition d'une austérité drastique rejoint celle des salariés de France, d'Autriche, du Brésil... contre la remise en cause des droits acquis en matière de retraite et contre la promotion des fonds de pension privés.

S'il ne faut pas la surestimer, s'il ne faut pas déduire de ses maigres victoires l'échec programmé des maîtres d'œuvre de la mondialisation capitaliste, cette lutte multiple, hétérogène, qui rassemble tous les âges, toutes les origines sociales et culturelles, porte en elle la détermination, la radicalité et la clairvoyance politique nécessaires aujourd'hui à la construction d'un devenir commun différent de celui, bien sombre, qui nous est promis.

C'est de cette lutte que le CADTM entend prendre sa part, dans tous les actes qui font son quotidien, parce que, pour reprendre la formule du poète français René Char, « ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience ». Et c'est de cette lutte qu'il sera question tout au long de la deuxième partie de ce livre, au fil des pages consacrées à quelques-uns des appels, à quelques-unes des analyses, déclarations, plates-formes ou prises de position adoptées par les associations, les organisations, les mouvements sociaux et les peuples qui la mènent, aux quatre coins de la planète. La lutte croissante, opiniâtre, déterminée, courageuse, de celles et ceux qui refusent de se résigner à la marche injuste du monde.

Le CADTM dans son contexte : la campagne internationale en faveur de l'annulation de la dette du Tiers Monde

La campagne internationale en faveur de l'annulation de la dette du Tiers Monde est aujourd'hui centrale au sein du mouvement altermondialiste. Forte de la plus grande pétition de l'histoire de l'humanité (24 millions de signatures collectées entre 1998 et 2000), elle rassemble des mouvements hétéroclites éparpillés sur tous les continents. Si la problématique de la dette du Tiers Monde n'est pas neuve (la crise de la dette actuelle prend son origine dans le défaut de paiement décrété par le Mexique en août 1982), il aura fallu plusieurs années pour former un réseau international d'envergure.

Dans les pays de la Périphérie, la campagne pour le non-paiement de la dette extérieure a pris, entre 1982 et 1990, un caractère populaire et massif en Amérique latine, continent le plus touché par la crise. De nombreuses organisations syndicales et paysannes latino-américaines ont tenté de promouvoir une solidarité continentale, à l'initiative de Cuba, qui a lancé la campagne « La dette est impayable ». Finalement, les gouvernements latino-américains n'eurent pas la volonté de constituer un front latino-américain pour le non-paiement de la dette.

Dans la deuxième moitié des années 1980, en Afrique subsaharienne, des voix de plus en plus nombreuses se sont élevées pour exiger l'arrêt des remboursements. Thomas Sankara, le jeune président du Burkina Faso, proposa lors d'une réunion de l'OUA (Organisation de l'Unité africaine) à Addis-Abeba en 1986 de constituer un front africain pour l'annulation de la dette. Après son assassinat, on ne trouvera plus un seul chef d'Etat africain pour faire avancer ce combat. Au Nord, certaines organisations ont fait office de pionnières, telle l'Association internationale des techniciens, experts et chercheurs (AITEC) à Paris, qui a abordé le sujet dès 1983, ou le CADTM en Belgique, qui a contribué à partir de 1990 à la campagne « Ca suffat comme ci » lancée lors du G7 de 1989 à Paris (voir plus loin). Plusieurs livres écrits par Susan George, aujourd'hui vice-présidente d'Attac France, ont également eu une influence non négligeable sur le renforcement du mouvement dans sa phase initiale.

La campagne internationale prend un nouvel élan à la fin des années 1990, lors du lancement de la campagne Jubilé 2000, avec le soutien des Eglises. En mai 1998, lors du G8, à Birmingham, 70.000 personnes manifestent pour l'annulation de la dette des pays pauvres à l'appel de Jubilé 2000-Grande Bretagne. En 1999, à Johannesburg, le réseau Jubilé Sud est officiellement fondé. Son siège est aux Philippines et il regroupe des organisations de tous les continents du Sud (Asie, Afrique, Amérique latine), coordonnées par pays et par continents.

D'autres réseaux se créent dans plusieurs pays du Nord, notamment en France avec la Plate-forme « Dette et Développement », qui regroupe des ONG, des syndicats et des associations comme ATTAC ou le CADTM France. En Espagne s'est constitué en 1999 le Réseau citoyen pour l'Abolition de la Dette extérieure (RCADE), qui a organisé un referendum pour l'annulation de la dette avec la participation de plus d'un million de votants le 12 mars 2000. Ces réseaux se rencontrent lors de séminaires communs (comme à Amsterdam en avril 2000 ou à Bruxelles en décembre 2001), de conférences internationales (comme à Bangkok et à Genève en 2000, à Dakar en décembre 2000, à Gênes en juillet 2001, à Liège en septembre 2001 ou à Porto Alegre, notamment à l'occasion du Tribunal des Peuples contre la Dette en février 2002), ou de manifestations (notamment lors des sommets du G7 et des Assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale).

Plusieurs réseaux ont accompli un effort de convergence systématique. Des débats traversent le mouvement : l'annulation de la dette doit-elle être inconditionnelle ou non ? Jubilé Sud, le CADTM et le RCADE répondent par l'affirmative à cette question (les seules conditionnalités légitimes étant celles définies par les populations locales et garantissant que les fonds libérés par l'annulation seront bien utilisés pour le développement social), tandis que plusieurs campagnes Jubilé 2000 de pays du Nord (Grande-Bretagne et Allemagne, entre autres) et certaines de pays du Sud (au Pérou par exemple) défendent certaines conditionnalités « traditionnelles » définies par les créanciers. Autres sujets de débats : faut-il accompagner de manière critique la nouvelle stratégie du FMI et de la Banque mondiale ou faut-il purement et simplement s'y opposer ? Faut-il annuler la dette externe publique de l'ensemble du Tiers Monde ou seulement d'une partie des pays qui le composent (les plus « pauvres ») ?

A partir de 1999, le poids des mouvements du Sud augmente progressivement. De grandes mobilisations se déroulent au Pérou (1999), en Equateur (1999-2001), au Brésil (septembre 2000), en Afrique du Sud (1999-2000), etc. Mais la campagne ne se limite pas à des réseaux mobilisés spécifiquement sur la question de la dette. La synergie est permanente, vu les passerelles évidentes existant entre les différents thèmes de lutte, avec des réseaux actifs sur les questions des marchés financiers, des institutions financières internationales, de l'OMC, etc. Ainsi l'annulation de la dette du Tiers Monde est-elle une revendication centrale de la plate-forme internationale du mouvement ATTAC ; ainsi les organisations comme 50 Years is Enough (Etats-Unis), Bretton Woods Project (Grande-Bretagne) ou Agir Ici (France) sont-elles logiquement en faveur de l'annulation de la dette responsable des plans d'ajustement du FMI et de la Banque mondiale contre lesquels elles luttent ; ainsi le mouvement paysan international Via Campesina (70 millions de paysans membres, et dont le siège est au Honduras) combat-il également la dette. La Marche mondiale des Femmes, elle aussi, reprend la revendication ; les grandes confédérations syndicales internationales CISL et CMT (Confédération internationale des syndicats libres et Confédération mondiale du Travail) apportent leur soutien ; enfin, des réseaux actifs sur le commerce international, tel Focus on the Global South, défendent l'annulation de la dette, dans la mesure où celle-ci est utilisée comme moyen de chantage par les créanciers pour imposer aux débiteurs l'ouverture maximale de leur économie.

Le CADTM en campagne : Abolir la dette pour libérer le développement

La campagne « Abolir la dette pour libérer le développement » est menée par le réseau international CADTM en partenariat étroit avec le Centre national de Coopération au Développement (CNCD) - Belgique -, le Conseil des ONG d'Appui au Développement (CONGAD) au Sénégal, le Conseil national des ONG de Développement (CNONGD) de la République démocratique du Congo.

A partir d'une réflexion sur les ravages de l'endettement, particulièrement en Afrique, les organisations impliquées ont décidé de réaliser un travail coordonné pour l'annulation de la dette, l'arrêt des plans d'ajustement structurel et la concrétisation d'un développement humain porté par un financement alternatif. Il s'agissait de démontrer la détermination des mouvements sociaux à poursuivre le combat après la fin de l'année jubilaire 2000 quand, malgré 24 millions de signatures récoltées dans le monde entier, le G7, le FMI et la Banque mondiale se montraient incapables d'apporter des solutions structurelles au désastre social engendré par la dette des pays du Sud.

La campagne a démarré fort en décembre 2000 avec la tenue d'une rencontre panafricaine et internationale à Dakar (« Des résistances aux alternatives ») qui se plaçait comme un maillon dans la chaîne des réunions africaines revendicatrices du changement. A partir de cet événement, premier résultat, les organisations africaines se sont engagées à mettre en place un réseau actif pour porter les revendications alternatives avec les organisations européennes qui les soutiennent. Les organisations du Nord se sont de leur côté engagées à développer une vaste campagne d'éducation au développement.

Le CADTM a fourni un premier instrument de campagne avec le livre Afrique. Abolir la dette pour libérer le développement, rapidement suivi des ouvrages Sortir de l'impasse et 50 questions - 50 réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale (voir plus loin la partie consacrée aux publications du CADTM). Depuis le début de la campagne, avec les différents partenaires, des formations ont été réalisées, ainsi que des modules d'animation, des activités publiques, une exposition, un dossier pédagogique, des revues...

De nombreux outils sont ainsi mis à la disposition d'un large public. Leur diversité répond à des attentes différentes : volonté de vulgarisation (pièce de théâtre, concerts, activités ludiques...), de sensibilisation (publications d'analyses), de mobilisation (manifestations lors de réunions politiques cruciales, consultations populaires lors d'échéances électorales, pétitions, etc.).

Le réseau CADTM entend ainsi contribuer au renforcement du mouvement social au Nord et au Sud pour l'annulation de la dette du Tiers monde, et au remplacement des politiques d'ajustement structurel par des politiques visant la satisfaction des besoins et des droits fondamentaux tels que définis par le droit international.

Notes:

[1] En Belgique, les personnes morales qui ont contribué à la fondation en 1990 du CADTM sont issues d'horizons divers et témoignent du caractère pluriel du CADTM : des mouvements d'éducation populaire (Equipes Populaires - mouvement d'éducation permanente lié au Mouvement ouvrier chrétien -, Fondation Joseph Jacquemotte, Fondation Léon Lesoil, Union des Progressistes juifs de Belgique), des syndicats (deux régionales de la CGSP, Centrale générale des Services publics - celle de Liège et celle du Limbourg -, l'ensemble du secteur Enseignement de la CGSP, la régionale d'Anvers de l'ACOD Onderwijs, la Fédération des métallurgistes de la Province de Liège) des ONG (Peuples solidaires, GRESEA, Forum Nord-Sud, Centre Tricontinental, Socialisme sans Frontières, FCD Solidarité Socialiste, Oxfam Solidarité, Centre national de Coopération au Développement), de comités de solidarité (Comité Mennan Men-Haïti, Comité Amérique centrale de Charleroi), des mouvements de la paix (Coordination nationale d'action pour la paix et la démocratie - CNAPD -, VREDE), des partis (Parti ouvrier socialiste, Parti communiste), et une association féminine “ Refuge pour femmes battues et leurs enfants ”.

[2] Le CADTM a pour objet « d'améliorer l'information et la formation sur les problèmes de développement et en particulier dans le cadre des relations 'Nord-Sud' ; de prendre toutes initiatives, d'organiser toutes actions, de diffuser toutes informations et de réaliser tous projets de nature à favoriser la solidarité internationale entre citoyennes et citoyens du monde, qu'ils vivent au nord ou au sud, à l'est ou à l'ouest ; de favoriser l'émergence d'un monde plus juste dans le respect de la souveraineté des peuples, de la justice sociale, de l'égalité entre les hommes, et entre ceux-ci et les femmes. ” (Extrait des statuts parus au Moniteur belge, 6 février 1992).

[3] Pour une présentation plus complète des alternatives proposées par le CADTM, voir Eric Toussaint, La Finance contre les peuples. La Bourse ou la Vie, chapitre 19, co-édition CADTM (Bruxelles) - Syllepse (Paris) - CETIM (Genève), 2004.

[4] ALCA, Acuerdo de Libre Comercio de las Américas ; ZLEA, Zone de libre-échange des Amériques.


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# Posté le samedi 01 avril 2006 09:10

MASCARADE ELECTORALE EN CENTRAFRIQUE

MASCARADE ELECTORALE EN CENTRAFRIQUE

- Posture médiatique et limites du politique
- Centrafrique : une histoire françafricaine
- Centrafrique : des élections en trompe l'oeil

A la veille des élections présidentielles devant avoir lieu en Centrafrique, la plupart des médias hexagonaux parlent déja d'une élection démocratique mais il n'en sera rien. Comme à son accoutumé la françafrique, dans un de ses joyaux déchirés par la guerre civile, s'apprête à légitimer un dictateur venu au pouvoir par un coup d'état. Après le Cameroun en octobre 2004 et bientôt le Togo en avril 2005 voici venu le temps du Centrafrique.

Posture médiatique et limites du politique
Les médias hexagonaux auront bon adopter, comme à l'accoutumé, une posture culturaliste en estimant que ces coups d'état sont des maux endémiques au Centrafrique, encore une fois ce n'est que propagande la plupart furent soutenus par la France dans une optique néocoloniale. Le processus consiste à porter au pouvoir un dictateur - souvent inculte et made in France (comme Eyadéma, Bokassa, Déby, Bongo....) - de manière à régenter les intérêts français dans le pré-carré. Ce sont les fameux "gouverneurs à peau noire" de nos néo-colonies (Tchad, Centrafrique, Cameroun, Gabon, Togo, Congo,...). Cette politique africaine de la France s'accompagne d'un discours politique méprisant à l'égard des Africains légitimant de telles pratiques coloniales : "les Africains sont naturellement joyeux", "ils ne sont pas mûrs pour la démocratie", " vous savez dans ces pays là un génocide..." ou bien "si on ne les aide pas à s'aider par eux-mêmes seulement deux cent millions auront notre niveau de vie tandis que la majorité colportera le sida et la misère" (lire le florilège d'ethnomanies). A y regarder de plus près, ce sont bien les pratiques néocoloniales françaises qui plongent ces peuples dans la misère en soutenant des dictatures maquillées ensuite en démocratures et en instituant comme régent du pré-carré des crapules dont les armées se fondent sur un pouvoir clanique dans la plus pure tradition coloniale. Ces dictateurs-amis de la France et amis personnels des présidents français- sont pour la plupart des criminels contre l'humanité qui laminent l'opposition politique et servent les intérêts mercantiles de la métropole par des accords léonins. Or les médias français, assujettis pour bon nombre au lobby militaro-industriel (80% de l'édition française étant détenue par des marchands d'armes), ne sont pas en mesure de penser cette face cachée de la politique africaine de la France et reprennent en écho le fameux discours néocolonial à l'égard des peuples africains. Dans le meilleur des cas ils veulent bien reconnaître ces pratiques françafricaines comme relevant du passé, dans le pire ils distillent un racisme de bon aloi qui n'est pas sans affecter notre conception de la multiculturalité française et la façon dont nous traitons et codifions nos "sauvageons" et leur intégration républicaine dans l'espace politico-médiatico-culturel (lire la fabrique). L'histoire métropolitaine et néocoloniale s'influençant réciproquement au point que la façon dont nous traitons les minorités françaises d'origine africaine emprunte beaucoup aux représentations coloniales et néocoloniales. Quant au système monarchique de la Vème république, il ne permet quasiment aucun contrôle parlementaire de la politique africaine de la France. En d'autres termes les citoyens français n'ont pas la possibilité d'être informé par le politique et de connaître les tenants et les aboutissants de la politique menée en leur nom avec leurs impôts en Afrique dans la plus grande opacité. Faits exceptionnels la Mission d'Information Parlementaire Française sur le rôle de la France concernant le génocide au Rwanda qu'elle avait qualifié de manière scandaleuse (au regard des faits recensés et documentés) de simple "erreur d'évaluation", avait préconisé un meilleur contrôle du pouvoir exécutif par le parlement. Dix ans plus tard il n'en est rien et l'on constate qu'un président peut décider seul (c'est à dire sans contrôle démocratique) des représailles a effectuer en Côte d'Ivoire, que l'armée française peut réprimer dans le sang une manifestation sans qu'il n'y ait la moindre commission d'enquête à l'Assemblée Nationale. Une omerta française dans la plus pure tradition coloniale qui affecte l'ensemble de la société civile et politique. Ainsi les crimes contre l'humanité au sein du pré-carré, légitimés par les présidents français successifs - véritable maréchaux des armées (encore seuls détenteurs de l'exécutif et chef des états majors) - sont passés sous silence dans l'ancienne métropole par des médias à la botte colportant un discours quasiment raciste sous couvert d'un relativisme culturel à l'égard de ceux auxquels nous devons tant (économiquement par l'accaparementde la rente des matières premières et des marchés particulièrement juteux obtenus à vil prix pour nos multinationales : Bolloré, Bouygues, Total, Pechiney, Areva... ; culturellement et géopolitiquement par le rayonnement international que procurent les voix des gouverneurs néocoloniaux au conseil de sécurité de l'ONU, véritable levier de la géopolitique française). On a coutume de dire que la France n'est grande que lorsqu'elle monte sur les épaules de l'Afrique francophone mais c'est au prix du plus profond mépris adressé aux francophones d'Afrique. Passé sous silence donc : le massacre à caractère génocidaire des Bamilékés au Cameroun par l'armée française, la politique de sécession menée par le tandem De Gaulle-Foccart au Nigéria qui fera des millions de morts au Biafra, le soutien et la légitimation d'un génocide au Rwanda au coeur de l'exécutif français, la guerre civile au Congo en 1997-1999 soutenue par Elf, l'Etat-major et l'Elysée, le soutien inconditionnel à des potentats françafricains et le trucage des élections africaines made in France.

Centrafrique : une histoire françafricaine.
Dès la pseudo-indépendance de l'ex Oubangui-Chari, la France a continué à faire la pluie et le beau temps en son temple centrafricain. On y retrouve le même mode opératoire que dans les autres néo-colonies françaises (Tchad, Cameroun, Togo, Gabon,...). A la veille de l'indépendance, Barthélemy Boganda, son principal artisan, meurt dans un accident d'avion à ce jour inexpliqué. David Dacko est alors porté au pouvoir par les riches planteurs français pour évincer le représentant du peuple Abel Goumba successeur de Boganda hostile aux intérêts français. Toujours conseillé par les militaires français, il interdit le parti de l'opposition de feu Boganda et de Goumba pourtant seuls à avoir été élu par le peuple puis interdit le multipartisme pour consacrer la politique du parti unique (mode opératoire retrouvé constamment dans les néocolonies françaises jusque dans les années 80). Lorsqu'en 1964 Dacko finit par reconnaître la Chine populaire en appelant à une étroite collaboration entre Bangui et Pékin c'en est trop pour l'ancienne puissance coloniale qui le remplace par le tout jeune et inexpérimenté jean-Bedel Bokassa. A l'instar de ce qui s'est passé au Togo, un dictateur plutôt rustre sans grande éducation faisant partie de l'armée coloniale française est placé à la tête de l'état centrafricain. Bokassa est adoubé par le bras droit de De Gaulle, le bien nommé Foccart, en ses termes « Après tout Bokassa était un militaire très francophile ». Jean-Bedel Bokassa est l'homme de la situation, formé dans l'armée française, ancien de l'Indochine il sera toujours présent pour servir les intérêts français. Et l'on parlera du Centrafrique comme d'un haut-lieu de la Françafrique distillant ses richesses minières (diamants, or, bois) à son clan et aux parrains françafricains. Le Centrafrique devient un haut-lieu de réjouissance pour invités prestigieux de l'ex métropole : surprise-party, safari-party et cadeautage en tout genre. Puis le dictateur françafricain, devenant trop encombrant de par sa déraison mais aussi en raison de ses tentations d'éloignement de la tutélaire métropole, est débarqué par Paris.

En 1979, La France lance l'opération « Barracuda », l'armée française prend Bangui, ramenant dans ses bagages le président David Dacko. Sous le règne de Dacko, la France renforce ses positions en Centrafrique et y place une force militaire d'occupation de près de 1500 hommes pouvant irradier dans toute la région et faire contre-poids aux appétits féroces de la Libye. Dacko sera à nouveau renversé en 1981 par le général Kolingba toujours conseillé par Paris instituant ainsi un véritable régime tutélaire sous les bons offices du colonel de la DGSE Jean-Claude Mantion. Pour Verschave, Kolingba fait de la "figuration" tandis que Mantion a "carte blanche" et en "profite pour asservir le pays a une stratégie toute militaire. Il s'agit de maintenir la capacité d'entraînement et d'intervention aéroportée des troupes françaises dans un vaste périmère africain incluant les champs pétroliers du Golfe de Guinée. Il s'agit aussi d'étendre les capacités d'action secrète dans les pays de la région : Zaïre, Tchad, Rwanda, Soudan, Congo, etc..."[1].

Selon Verschave, "Mantion forme autour de Kolingba une armée très majoritairement issue de l'ethnie présidentielle (on retrouvera les mêmes procédés au Tchad, au Togo, au Gabon, au Cameroun...ndlr). Il généralise les écoutes téléphoniques, afin d'étouffer dans l'oeuf toute vélléité d'opposition au régime". Le journaliste Francis Laloupo [ 2] a résumé le système mis en place qui encourageait la prédation et l'essor des trafics en tous genres.



PRESSAFRIQUE
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# Posté le samedi 01 avril 2006 10:37

lisière du politique et du business tropical

NOUVEL AFRIQUE-ASIE février 1997 [2]

"Dans une économie de comptoir, [...] on distribue des concessions minières à des individus en mal d'aventures tropicales, de préférence d'origine étrangère, française singulièrement, sur la base de contrats d'ivrogne, vite rédigés, aux clauses fantaisistes, mais suffisamment explicites pour se prémunir contre les indiscrétions et garantir les commissions et ristournes réservées au pouvoir[...] Cette galaxie de rustres[...] à la lisière du politique et du business tropical [...] ne seraient pas étrangers aux évènements politiques en RCA. [...] En Centrafrique bien davantage qu'ailleurs, ces chercheurs d'or et de diamants [...] ont avec le temps et le laisser-faire des régimes centrafricains, fixé de véritables territoires de puissance[...]. L'une des régions à fort rendement minier, Berberati, est classée "zone d'activité militiare", et exclusivement occupée par l'armée française".




La stratégie du tout militaire atteint vite ses limites et entraîne de nombreuses exactions dont les échos remontent parfois jusque dans l'ancienne métropole.
En 1994 Libération évoque les dérives néocoloniales françaises en Centrafrique :
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# Posté le samedi 01 avril 2006 10:38

LE COMMANDANT DU 2ème REP PAUL SERVES CONDAMNE POUR UENMISSION EN CENTRAFRIQUE

LIBERATION des 11 et 12/05/94 (SURVIE)

"Un siècle et demi de présence militaire française en Afrique induit de curieux raisonnements. Et la présence en Centrafrique d'une base militaire au coeur de ce dispositif induit qu'on prenne ses aises en ce pays. Le commandant du 2e REP Paul Serves a été condamné en 1994 à 4 ans de prison. Il avait donné (transmis ?) l'ordre de ne pas faire de prisonniers, lors d'une expédition de la Légion contre les braconniers d'une réserve de chasse du Président centrafricain. L'ordre a été exécuté. L'affaire a, exceptionnellement, été jugée. Mais on ne saura pas ce qu'allait faire l'armée française dans cette partie de garde-chasse en pays étranger, ni comment de tels ordres ont pu, au moins jusqu'à ce niveau, paraître aller de soi. " On m'a fait comprendre qu'il valait mieux que l'affaire reste à mon niveau ", a confié le commandant. En Centrafrique " régnait " en effet le colonel Mantion, évoqué plus haut. Le point de vue du procureur est significatif : " le contexte centrafricain [...] atténue très largement les responsabilités des uns et des autres (94)".
94. D'après Libération des 11 et 12/05/94.

SURVIE ASSO
# Posté le samedi 01 avril 2006 10:42

LA DEMOCRATIE QUI SOUFFLE SUR L'AFRIQUE FRANCOPHONE AU DEBUT DES ANNEES 1990

Dans le contexte du vent de démocratisation qui soufle sur l'Afrique francophone au début des années 1990, la France somme Kolingba d'effectuer des élections démocratiques qu'il perdra au profit de Patassé lui-même en étroite collaboration avec les services français et notamment avec un certain Paul Barril.

Recruté par le nouveau président centrafricain Ange Felix Patassé qui le paie avec l'argent du diamant et les fonds mis à sa disposition par les services secrets libyens, Paul Barril était un proche du président socialiste François Mitterrand dont il a dirigé la cellule anti-terroriste à l'Elysée. Les réseaux mitterrandiens, pasquaïens et chiraquiens cohabitent allègrement en Afrique.
Barril, nouveau Denard de l'Afrique des grands lacs a été chargé selon Verschave [ 1] de constituer des réseaux de mercenaires pour défendre le Zaïre de Mobutu face à l'avancées des soldats de Kagamé puis de constituer une armée au service de Sassou N'Guesso et enfin il a son royaume en Centrafrique ou une de ses nombreuses entreprises, Secrets, était chargée de la sécurité du président Patassé. Il a été a bonne école puisqu'il fut l'homme providentiel du gouvernement intérimaire rwandais lors du génocide. Barril avec l'armée française participa également à l'encadrement et à la formation des soldats du gouvernement Habyarimana avant le génocide. Barril déclarant lui-même à Playboy : « Kagame, l'actuel vice-président du Rwanda (...) a mis un million de dollars sur ma tête...ce qui ne m'empêche pas de vivre et d'avoir mis de mon côté la sienne à prix ». Il est visiblement familier de ce genre de service et a des appuis en haut-lieu.



12.03.05
# Posté le samedi 01 avril 2006 10:45
Modifié le mercredi 29 novembre 2006 11:42