A QUOI SERT VRAIMENT L'UNION AFRICAINE ?

A QUOI SERT VRAIMENT L'UNION AFRICAINE ?





Censée suppléer une Organisation de l'unité africaine à bout de souffle, l'UA peine à ressusciter l'idéal des "Etats Unis d'Afrique". Alors que s'ouvre son 10e sommet, convoqué à Addis-Abeba, zoom sur une institution encore balbutiante, reflet des intérêts contradictoires de ses membres.

A elle seule, la page d'accueil animée du site de l'Unionafricaine (UA) esquisse les contours d'une utopie et donne la mesure du fossé béant qui s'est creusé au fil des décennies entre le vécu et le vieil idéal unitaire. Sous l'½il de l'internaute qui s'aventure sur ce site, des fragments épars convergent en un mouvement harmonieux vers le centre de l'écran, pour dessiner la carte du continent noir. Tandis qu'apparaissent tour à tour un slogan impérieux, écho aux tubes du Jamaïcain Bob Marley - Africa must unite -, puis, en version anglaise là encore, cette fière devise : "Une Union efficace et compétente pour une nouvelle Afrique". Las! la formule résonne moins comme un constat que comme un v½u pieux, voire une incantation.
La naissance de l'UA, censée suppléer une Organisation de l'unité africaine (OUA) assoupie et sclérosée, avait pourtant ravivé l'espérance née voilà près d'un demi-siècle, dans l'euphorie des indépendances. Qu'on se souvienne du baptême en fanfare, célébré le 9 juillet 2002, au stade Absa de Durban (Afrique du Sud), sous les clameurs d'une foule chamarrée. Rien ne manqua au rituel: ni l'hymne continental, ni les danses, ni le défilé militaire. Ni, dans le c½ur des témoins, la résurgence du rêve panafricaniste d'antan: les Etats-Unis d'Afrique aux frontières abolies, avec leur armée, leur banque centrale, leur monnaie unique, leur passeport et leur gouvernement.

Certes, l'UA s'est dotée depuis lors de quelques-uns des instruments du fédéralisme en marche. Un Parlement panafricain, organe consultatif, un Conseil de paix et de sécurité (CPS), un Conseil économique, social et culturel, une Cour de justice et une Cour des droits de l'homme et des peuples. Mais soyons francs: de telles avancées, souvent formelles, n'ont en rien modifié le quotidien des citoyens des 53 pays de l'Union. Il en va de même du Nepad, acronyme anglais du Nouveau Partenariat économique pour le développement de l'Afrique, ambitieux programme absorbé entre-temps par l'UA. Il a pour l'heure accouché de plus de colloques et de discours que de réalisations tangibles.

Un bureau à Washington
Le statu quo intégral? Non, bien sûr. Le Malien Alpha Oumar Konaré, alias AOK, président depuis l'été 2003 de la Commission de l'UA - l'embryon d'exécutif continental - a secoué, parfois rudement, le cocotier. Son activisme et son opiniâtreté ont accru la visibilité de l'UA sur l'échiquier mondial. De même, sur le front des conflits armés, le CPS, animé par l'Algérien Saïd Djinnit, peut se prévaloir d'un bilan nuancé. Quitte à irriter plus d'un potentat, Konaré et son équipe ont d'ailleurs contribué çà et là à l'apaisement de crises politiques ou de bras de fer électoraux. Même si l'Union traite avec une discrétion de chaisière la résurgence des rébellions touarégues au Niger et au Mali, et même si ses émissaires sont rentrés bredouilles du Kenya.

On peut encore inscrire à son crédit l'élargissement de l'horizon continental, que reflète la tenue de sommets voués à intensifier les échanges entre l'Afrique et la Chine, l'Europe, l'Amérique latine ou, dans le courant 2008, l'Inde. Déjà pourvue de représentations à Bruxelles, à Genève et à New York, quartier général des Nations unies, l'UA ouvrira cette année un bureau à Washington. Les Etats-Unis et l'Union européenne envoient pour leur part à Addis-Abeba (Ethiopie) des ambassadeurs exclusivement accrédités auprès de l'organisation panafricaine. George Bush y a ainsi mandaté, en novembre 2006, son ex-conseillère pour l'Afrique, l'universitaire afro-américaine Cindy Courville, naguère colonel au sein d'une agence de renseignement. L'UE, quant à elle, a désigné le 6 décembre 2007 Koen Vervaeke, ancien porte-parole du ministère belge des Affaires étrangères, au poste de représentant spécial auprès de l'Unionafricaine.

L'indolence proverbiale de maints fonctionnaires
Sur un registre plus prosaïque, la Commission s'emploie à rénover le patrimoine, un rien vétuste, légué par la défunte OUA. Il y eut d'abord l'inauguration, en février 2003, d'un centre de conférences colossal et marmoréen, puis, le 25 mai 2007, à la faveur de la Journée mondiale de l'Afrique, la pose de la première pierre d'un complexe ultramoderne. Chantier confié - signe des temps - à une société chinoise et dont la livraison est annoncée pour 2010. Reste à moderniser les réseaux de télécommunications, pour le moins obsolètes. Cela posé, les carences de l'intendance n'expliquent pas tout.

Les travers bureaucratiques et l'indolence proverbiale de maints fonctionnaires de l'"ancien régime" n'ont pas disparu avec le "o" d'OUA. Bureaux déserts, agents introuvables ou plus enclins à enchaîner les réussites virtuelles sur leurs écrans d'ordinateur qu'à travailler à celle de l'épopée panafricaine : le siège de l'UA prend parfois des allures de vaisseau fantôme. Quant au recrutement, il n'échappe pas, en dépit de la volonté affichée par Konaré et les siens, aux méfaits du copinage ou des tropismes régionaux. Témoin, cet e-mail accusateur et anonyme, diffusé en mars 2006 sur la messagerie interne et auprès de diverses ambassades. Dissimulé derrière le pseudonyme AU-Spider, son auteur dénonçait le clientélisme supposé du vice-président de la Commission, le Rwandais Patrick Mazimhaka, maître des embauches.

Les mânes de Nkrumah
Les partisans les plus ardents des Etats-Unis d'Afrique invoquent volontiers les mânes du Ghanéen Kwame Nkrumah, militant radical du panafricanisme. Premier ministre de l'ex-Côte-de-l'Or, indépendante dès 1957, Nkrumah convoque l'année suivante la première Conférence des Etats indépendants d'Afrique. On en dénombre alors huit : outre le pays hôte, le Liberia, terre promise des esclaves affranchis venus d'Amérique du Nord, l'Egypte, le Soudan, la Libye, l'Ethiopie, le Maroc et la Tunisie.

Devenu président en 1960 et soucieux de montrer la voie, ce pionnier scelle des unions aussi formelles qu'éphémères entre son Ghana et le Mali de Modibo Keita puis la Guinée d'Ahmed Sékou Touré, seul chef de file de l'ex-Afrique occidentale française (AOF) réfractaire à l'« association » proposée par Charles de Gaulle. Au pays, pourtant, l'aura de Kwame Nkrumah résiste mal au culte de la personnalité qu'il instaure et à ses outrances afro-marxistes. Le 24 février 1966, le chantre de l'unité continentale sera détrôné lors du putsch conduit par le général Joseph Arthur Ankrah. Et c'est à Bucarest (Roumanie), deux ans avant l'accession à la présidence de Nicolae Ceausescu, qu'il s'éteint, en 1972.

Au-delà de ces dysfonctionnements, qui n'épargnent ici-bas aucune instance supranationale, une divergence de fond, de nature idéologique, tétanise le géant panafricain. Elle porte sur la conception même de l'unification continentale et sur son rythme. Quitte à simplifier la donne, deux visions s'opposent. Celle des "volontaristes", avocats d'une intégration à marche forcée, sinon à la hussarde ; au risque de brûler les étapes, ce clan, emmené par la Libye, le Sénégal et le Nigeria, prétend ressusciter l'ambition fusionnelle du Ghanéen Kwame Nkrumah (voir l'encadré ci-contre). Et celle des "gradualistes", ou pragmatiques, adeptes d'une alliance d'Etats souverains et partisans d'un renforcement préalable des entités sous-régionales; en tête de cette cohorte, l'Afrique du Sud, l'Algérie et l'Ethiopie. Consacré aux "Etats-Unis d'Afrique", le sommet d'Accra (Ghana) aura fourni, en juillet 2007, un raccourci saisissant de cette controverse qui, à l'évidence, présente de troublantes similitudes avec l'empoignade déclenchée sous nos frimas par les modalités de la construction européenne. Un vote, très disputé, récuse un premier texte, fruit des cogitations d'un comité d'experts. 15 Etats membres avalisent la création immédiate d'un exécutif continental; 17 la réprouvent et 9 l'assortissent de conditions restrictives. Les sages remettent donc l'ouvrage sur le métier et rédigent une seconde mouture, expurgée au point de sonner creux. Moralité : un quintette ministériel - Liberia, Sénégal, Gabon, Afrique du Sud, Ouganda - invité à plancher sur la "faisabilité" du projet fédéraliste, livrera à la fin de ce mois, à Addis-Abeba, ses "recommandations".

Un rêve passe. "Je suis de cette génération qui, depuis la fac, rêve d'une Afrique unie, admet avec une pointe de nostalgie dans la voix l'Ivoirien Amara Essy, diplomate chevronné qui, de son fauteuil de secrétaire général, orchestra la transition entre l'OUA et l'UA, avant de briguer vainement le sceptre confié à Konaré. Mais on ne cache pas le soleil avec sa main. Combien de présidents étendent leur autorité à la totalité du territoire? Bien peu. Commençons par consolider nos Etats. Nous devons encore fournir un effort énorme d'intégration nationale avant de songer à un gouvernement africain digne de ce nom."

Nul doute que calculs, arrière-pensées, querelles de préséances et batailles d'ego enveniment le débat. Pas facile de céder la moindre parcelle d'une souveraineté si fraîchement conquise. Pas simple, pour les locomotives, de traiter à égalité rivaux et wagons de queue. A Accra, on a vu le Libyen Muammar Kadhafi tancer le Sud-Africain Thabo Mbeki - autre prétendant au leadership continental - avant que l'un et l'autre n'aillent bouder, chacun dans son coin. Mais on a aussi entendu leurs entourages respectifs accuser l'adversaire d'acheter au prix fort l'allégeance des pays démunis. On peut planer de sommet en sommet sans jamais voler très haut...

Les chicaneries de chefs éclipsent les ordres du jour
Le "facteur Kadhafi" pèse d'ailleurs d'un poids écrasant sur la saga de l'UA. Depuis que, dépité d'avoir été si souvent éconduit par ses frères musulmans, il a renoncé amèrement au rôle de chantre d'une "nation arabe" fantasmée, le déroutant colonel arbore un autre costume de scène : celui de mentor de l'unité africaine. C'est chez lui, à Syrte, que furent jetées, en 1999, les bases de la nouvelle Union. Depuis, ses foucades et ses harangues suscitent chez les pairs du continent un mélange de fascination, d'agacement et de crainte, corollaire de la capacité de nuisance qu'on lui prête. Un cocktail relevé, chez les bénéficiaires de ses largesses, d'une bonne mesure de gratitude, donc de loyauté. "Tant qu'il finance chez nous des hôpitaux, des écoles, des mosquées et des ponts, soupire le confident d'un président subsaharien, comment lui résister?" A Accra, Muammar l'Africain a snobé la cérémonie d'ouverture et le déjeuner des chefs d'Etat, avant de rengainer son discours. Pourquoi ce soudain mutisme? Le Ghanéen John Kufuor, maître de céans, avait eu l'outrecuidance de lui donner du "président", au lieu de le désigner sous le titre de « Guide », seul toléré par le père de la Jamahiriya, ou République des masses. C'est devenu la norme : les chicaneries de chefs éclipsent les ordres du jour officiels. Pour mémoire, on notera qu'il sera question cette fois, dans la capitale éthiopienne, de "développement industriel".

Si les pays membres élisent pour quatre ans le patron de la Commission, ils désignent aussi chaque année parmi les chefs d'Etat un "président en exercice". En vertu de la tradition, l'honneur échoit d'ordinaire à la figure de proue du pays hôte. Inconcevable lorsque l'usage invite, en janvier 2006, à conférer une telle dignité à Omar el-Béchir, alors même que son armée, épaulée par les miliciens janjawid, sème la mort et la terreur au Darfour ? Au prix d'intenses palabres, l'impétrant soudanais s'effacera au profit du Congolais Denis Sassou-Nguesso, en contrepartie de l'engagement de ses pairs de l'adouber un an plus tard, sous réserve de progrès tangible dans la province rebelle. Autant dire qu'il n'en sera rien. La couronne coiffera alors une tête bien plus présentable : celle du "gentil géant" John Kufuor...

Deux trônes pour un royaume : comment s'étonner que la chronique du couple à géométrie variable que forment le président de la Commission et le primus inter pares des chefs d'Etat soit jalonnée de bouderies et de scènes de ménage? Quand, en février 2005, AOK envoie au Togo, théâtre d'une succession dynastique calamiteuse, un médiateur - l'ex-président zambien Kenneth Kaunda - il s'attire les foudres du Nigérian Olusegun Obasanjo, alors président en exercice de l'UA. De même, plusieurs potentats du continent lui feront grief d'avoir dénoncé haut et clair le coup d'Etat de François Bozizé en République centrafricaine, le putsch fatal en Mauritanie à Maaouya Ould Taya ou la brutalité des offensives lancées au Darfour par la junte de Khartoum. Le tempérament entier de Konaré, sa liberté de ton, son aversion pour les litotes du lexique diplomatique agacent, voire exaspèrent maints vétérans des palais africains. Prompt à stigmatiser la "mascarade" électorale d'Anjouan (Comores) ou les "debbascheries" - référence aux bricolages constitutionnels dont le juriste français Charles Debbasch est un virtuose - AOK passe à leurs yeux pour un donneur de leçons démocratique, péremptoire, hautain et ombrageux.

De fait, sa stature d'ex-président du Mali et son double quinquennat (1992-2002) à la tête d'un pays longtemps sous le joug d'un autocrate marxisant lui assurent une aura dont il joue volontiers. "L'éternité du pouvoir est à Dieu, lance-t-il un jour, la démocratie est une course de relais." Nul doute qu'à l'usage ses anciens pairs lui auraient préféré un haut fonctionnaire discret et déférent. Car le discours de ce natif de Kayes recèle quelques ferments de subversion. Pour preuve, le réquisitoire prononcé à Cotonou (Bénin) en octobre 2005. Haro alors sur "les manipulations de Constitution, le dévoiement du multipartisme, les putschs à répétition, les restaurations autoritaires, l'affaiblissement et la criminalisation de l'Etat, l'occupation par des mercenaires de régions riches en ressources". Son "basisme" inquiète aussi, tant il résonne comme un désaveu de ceux qui s'agrippent à leur fauteuil. "Nous avons échoué par le haut, concède-t-il. C'est par le bas que nous pouvons inverser la tendance. En favorisant l'appropriation par les populations de l'idée panafricaine et l'émergence d'une opinion publique qui fasse pression sur les dirigeants." Un signe : c'est à l'usure qu'"Alpha" obtiendra, en janvier 2007, l'adoption d'une Charte africaine des droits de l'homme, de la démocratie, des élections et de la gouvernance, plusieurs fois différée. Tout comme il arrachera l'aval requis pour le lancement d'un passeport africain, réservé à ce stade aux intellectuels et aux hommes d'affaires. Lots de consolation concédés à un agitateur dont comités d'experts et commissions ad hoc étouffent par ailleurs les velléités réformatrices.

Un fauteuil pour six
Jean Ping - Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie du Gabon.

Cassam Uteem - Président de l'île Maurice - fonction honorifique, pour l'essentiel - de 1992 à 2002.

Abdulaï Osman Conteh - Ancien vice-président de la Sierra Leone.

Barnabas Sibusiso Dlamini - Ex-Premier ministre et conseiller, depuis 2003, du roi du Swaziland.

Antoinette Batumubwira - Ministre des Affaires étrangères du Burundi et ancienne journaliste de la radio nationale.

Inonge Mbikusita-Lewanika - Ambassadrice de Zambie aux Etats-Unis et candidate malheureuse à la présidentielle de 2001.

Un favori semble sortir du lot : le Gabonais Ping, alias "Mao", qui bénéficie de l'intense lobbying orchestré par le président Omar Bongo Ondimba. Selon un rapport confidentiel cité par La Lettre du continent, ce diplomate aurait le soutien de nombreux chefs d'Etat ouest-africains, dont le Béninois Thomas Boni Yayi, le Burkinabé Blaise Compaoré, le Ghanéen John Kufuor, la Libérienne Ellen Johnson-Sirleaf, mais aussi celui du Rwandais Paul Kagamé. En revanche, le Mauricien Uteem, présenté comme le poulain de l'Afrique australe, renoncerait in extremis à briguer la succession de Konaré, tout comme la Burundaise Batumubwira.

Si aucun de ces prétendants ne rafle la mise à Addis-Abeba, il faudra trancher entre deux scénarios. La prorogation, pour six mois, du mandat de Konaré. Ou l'irruption d'un septième postulant, haut fonctionnaire ou ancien chef d'Etat. Parmi les personnalités pressenties, mais qui se sont abstenues de descendre dans l'arène, les ex-présidents du Mozambique, Joaquim Chissano, du Botswana, Ketumile Masire, et de la Namibie, Sam Nujoma.

La vice-présidence, elle, n'a suscité que deux vocations. Celles de l'Egyptien Khaïr Eldin Abdel Latif et du Kényan Erastus Mwencha. Enfin, une soixantaine de candidats se disputeront les portefeuilles de commissaire, dont six des huit sortants.

Un président qui n'a aucune prise sur son équipe
Sans doute le président de la Commission a-t-il, dans ce jeu de dupes, commis une erreur tactique : annoncer trop tôt son retrait, au risque de saper une autorité contestée. Dès juillet 2006, à Banjul (Gambie), il prévient urbi et orbi qu'il ne briguera pas un second mandat. "Mon envie, confesse-t-il amèrement, s'est émoussée." Coup de tonnerre dans un ciel pas vraiment serein. Bien sûr, AOK consent un an plus tard à proroger son bail d'un semestre. Reste qu'il a de fait ouvert, voilà dix-huit mois, une phase de transition propice à l'inertie. "Notifier son départ, souligne un homme du sérail, c'est perdre toute emprise sur la machine UA. Là comme ailleurs, les fidélités et les loyautés sont aléatoires. Si l'on n'a plus rien à attendre de vous..." Peut-être Konaré, résolu à laisser à son successeur une "maison en ordre", a-t-il voulu ainsi créer un électrochoc; hâter, au prix d'un chantage aux adieux de diva, une réforme de l'appareil panafricain que ce colosse obstiné et sûr de son étoile peine tant à imposer. Si tel est le cas, la man½uvre a échoué. Entendra-t-on à Addis son ultime testament? Pas sûr. Au regard du manque d'étoffe des prétendants (voir l'encadré ci-contre), certains ténors de l'Union suggèrent d'octroyer au tonitruant Konaré un nouveau "CDD" de six mois. Si un tel compromis prévaut, le sortant aura droit à un concert de louanges. Sinon, gageons que les larmes de crocodile couleront à flots.

Car c'est avec un lâche soulagement que les "souverainistes" les plus fervents verraient s'effacer celui qui prétendait rogner leurs prérogatives au profit d'un gouvernement supranational. D'emblée, AOK a vanté les vertus d'un "exécutif plus fort et plus responsable". Plaidoyer détaillé dans la "feuille de route" soumise dès juillet 2004 aux Etats membres et un ambitieux "programme stratégique quadriennal". Peine perdue. Or, le statu quo est intenable. Aujourd'hui, le président de la Commission, composée au nom de la parité de cinq hommes et cinq femmes, n'a aucune prise sur le choix ni sur les attributions des neuf autres commissaires, superministres aux compétences inégales, souvent élus au terme de marchandages essentiellement politiques. Pis, le vice-président garde seul la haute main sur les finances, l'administration et le recrutement.

Dès 2004, AOK soulignait "un besoin urgent de fonctionnaires hautement qualifiés, compétents, intègres, avec un système de représentation équitable entre les régions et les genres et un mécanisme régulier d'évaluation des performances". En la matière, un "panel de haut niveau", installé le 1er septembre 2007 et réputé indépendant, doit remettre ses conclusions lors de la grand-messe d'Addis. Pour le reste, il y a loin de la coupe aux lèvres. Konaré exigeait 762 agents? Il en a obtenu 550 à peine. Lui suggère par ailleurs de substituer au statut actuel du patron de la Commission - un mandat de quatre ans renouvelable - un septennat unique. De quoi en finir avec la tentation de consacrer la fin de sa mission à faire campagne...

Arriérés de paiement et cupidité de moutons noirs
Outre les verrous institutionnels, l'impasse financière assombrit l'horizon de l'Unionafricaine. Là encore, AOK voyait grand. Sans doute trop grand. Il réclamait un budget de 600 millions de dollars (soit un peu plus de 400 millions d'euros). L'enveloppe a en fait été portée de 43 à 158 millions de dollars, ce qui suffit à peine à couvrir les frais de fonctionnement ; d'autant que, conformément là encore à une robuste tradition, les arriérés de contributions s'accumulent. La cupidité de quelques moutons noirs n'arrange rien : en 2006, un audit dévastateur du cabinet Ernst & Young mit en évidence l'escamotage de 7 millions de dollars, détournés par un jeu de surfacturations à la faveur d'une Conférence des intellectuels d'Afrique et de la diaspora, tenue deux ans plus tôt à Dakar. Konaré a, par exemple, proposé, sans guère d'écho il est vrai, que chacun des 53 pays de l'UA alloue 0,5 % de ses ressources à l'organe panafricain. "La pénurie de moyens, souligne l'ancien secrétaire général Amara Essy, compromet toute opération de maintien de la paix. Pour envoyer une force au Burundi, il m'avait fallu un an durant quémander au porte-à-porte en Occident. Or, il faut être en mesure d'expédier un contingent dès la signature d'un cessez-le-feu. Sous peine de reprise des hostilités. Tout se joue dans les premiers jours. C'est une affaire de rapport de forces."

Le Darfour fournit en l'espèce un éloquent cas d'école. Laboratoire grandeur nature, la province occidentale du Soudan offrait à l'UA l'occasion d'asseoir sa crédibilité, de démontrer, sur un théâtre semé de chausse-trapes, son aptitude à l'interposition. L'échec n'en est que plus cuisant. Certes, la Mission de l'Unionafricaine au Soudan (Muas, ou Amis en version anglaise) peut à bon droit invoquer d'imparables circonstances atténuantes. D'abord, un mandat en carton-pâte, de type "monitor and report". En clair, le contingent panafricain devait se borner à observer et rapporter les violations de la trêve, au demeurant partielle, conclue par Khartoum et l'aile modérée d'une rébellion de plus en plus fragmentée. L'usage de la force? Limité aux cas d'agressions directes aux dépens des détachements de l'UA ou des civils piégés dans leur proximité immédiate. Ensuite, la faiblesse des effectifs : 6 000 soldats et 1 000 policiers, déployés sur un territoire vaste comme la France. De même, les avocats de la Muas sont fondés à plaider la cause d'une troupe sous-équipée et mal financée. Pour autant, ces faiblesses, que reflète l'écrasant tribut payé par les combattants de la paix - une cinquantaine de tués, fauchés lors d'embuscades ou d'assauts sur les casernements - n'expliquent pas tout. Les QG de la force s'apparentaient parfois à des tours de Babel minées par les rivalités et les palinodies bureaucratiques. Des officiers vénaux ont amputé ça et là les soldes de leurs hommes. Et quiconque a observé de près les activités de la Mission - tel fut notre cas, à deux reprises - peut témoigner d'un défaut d'engagement manifeste. A la fin de 2004, deux journalistes au volant d'un 4 x 4 bringuebalant pouvaient ainsi parvenir dans un village en flammes situé à 40 kilomètres de Nyala (Sud-Darfour) avant des Casques blancs dotés d'une vingtaine de véhicules tout-terrain dernier cri et de trois hélicoptères. Au printemps 2007, nous avons vainement traqué une patrouille censée escorter, en lisière d'un camp de déplacés, les femmes en quête de bois de chauffage, puis imploré avec un égal insuccès un convoi de l'UA d'intervenir dans un face-à-face orageux entre des janjawid et des villageois accusés de vol de chameaux.

Qu'en sera-t-il demain? Fruit d'une longue empoignade avec Omar el-Béchir, la résolution 1769 du Conseil de sécurité prévoit le déploiement prochain, au Darfour même, d'une force hybride Unionafricaine-Nations unies de 26 000 hommes, baptisée Minuad, qui a officiellement pris le relais de la Muas le 1er janvier 2008. Et ce après la mise en place supposée imminente, mais ô combien laborieuse, dans l'est du Tchad et dans le nord-est de la République centrafricaine, du contingent euro-africain Eufor, appelé à veiller sur la sécurité des réfugiés et des civils. S'agissant de la Minuad, tout porte à croire que les Africains fourniront la quasi-totalité d'une troupe encadrée en partie et financée intégralement - à hauteur de 2 milliards de dollars annuels - par les Occidentaux. Convenons-en, ses premiers pas n'ont nullement dissipé les inquiétudes. Le général nigérian Martin Agwai, commandant de la force hybride, attend toujours les 40 hélicoptères de transport et de combat jugés indispensables. Et, dès le 7 janvier, une colonne de ravitaillement de la Minuad essuyait une attaque dans le nord-ouest du Darfour.

Une trouble indulgence pour certains putschistes
D'autres conflits mettent à rude épreuve le louable précepte selon lequel « c'est aux Africains de résoudre les crises africaines ». A commencer par le cauchemar somalien. Pour l'heure, seuls 1 600 Ougandais patrouillent à Mogadiscio sous l'étendard UA. On est loin des 8 000 hommes promis en février 2007 après l'irruption de l'armée éthiopienne, venue entraver l'avancée des milices islamiques. Et plus encore de l'effectif recommandé par les experts militaires, estimé à 20 000. Que dire, dès lors, de l'ambition affichée en 2004 par le tout nouveau Conseil de paix et de sécurité de l'UA ? Il était question de mettre sur pied à l'horizon 2010 une force de réaction rapide, composée de cinq brigades de 1 500 soldats chacune. Voire, à la même échéance, d'avoir formé et équipé, avec le concours des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, 75 000 hommes susceptibles de prendre part à des opérations de maintien de la paix.

Sur des terrains moins meurtriers, mais dont l'impact symbolique ne saurait être mésestimé, l'UA pâtit des limites de son acte constitutif. Au risque de tomber dans le piège du "deux poids, deux mesures". La charte maison autorise l'ingérence dans les affaires intérieures d'un pays membre en cas de coup d'Etat et exclut du forum panafricain les despotes parvenus aux manettes par des procédés illégaux. Fort bien. Reste que la quarantaine du Centrafricain Bozizé, pour ne citer que lui, a tourné court. Si la Commission a fait preuve d'une fermeté digne d'éloges envers le clan Eyadéma au Togo, sommé de restaurer l'ordre constitutionnel, elle ménage étrangement le satrape zimbabwéen Robert Mugabe, archétype du putschiste permanent.

Ainsi navigue l'UA. L'union, on le sait depuis des lustres est un combat.
J.E

LRB
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# Posté le dimanche 22 juin 2008 12:28
Modifié le dimanche 22 juin 2008 12:46

LA BELGIQUE ELUE PRESIDENTE DE LA COMMISSION POUR POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX POUR LA R.C.A

LA BELGIQUE  ELUE PRESIDENTE DE LA COMMISSION POUR POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX POUR LA R.C.A
République Centrafricaine / La Belgique élue à la Présidence de la Commission pour la Consolidation de la Paix pour la République CentrafricaineRépublique Centrafricaine / La Belgique élue à la Présidence de la Commission pour la Consolidation de la Paix pour la République Centrafricaine


BANGUI, Centrafrique, June 17, 2008/African Press Organization (APO)/ — La Belgique a été élue à la Présidence de la Commission pour la Consolidation de la Paix des Nations unies pour la République Centrafricaine.

La Commission pour la Consolidation de la Paix a comme objectif d'accompagner les pays sortant d'un conflit dans leur reconstruction politique et économique.

Lors d'une réunion du Comité d'organisation de la CCP qui s'est tenue le 12 juin en présence du Président François Bozizé, il a décidé de mettre la République centrafricaine à l'agenda de la CCP. Cette commission suit déjà la situation du Burundi, de la Sierra Leone et de la Guinée Bisau. A cette occasion, la Belgique a été élue à la Présidence des réunions pays consacrées à la RCA.

La Belgique attache une grande importance à la consolidation de la paix en situation post-conflit. « Nous devons éviter que les pays qui sortent d'une situation de violence retombent dans des conflits. Le fait que la situation en RCA soit traitée à la CCP est un signal clair que la communauté internationale entend unir ses efforts et est résolue à continuer à soutenir le dialogue politique en RCA» indique le Ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht.

Le Ministre est particulièrement satisfait de la désignation de la Belgique à la Présidence des réunions pays pour la RSA. « Ceci constitue une reconnaissance de l'implication belge aussi bien au Conseil de sécurité qu'à la CCP. Le fait que la Belgique soit disposée à assurer cette Présidence est une conséquence de notre intérêt croissant pour ce pays dans lequel j'ai encore effectué une visite en février».


SOURCE : Belgium - Ministry of Foreign Affairs
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# Posté le dimanche 22 juin 2008 13:05

NATIONS UNIES:308 MILLIONS $ POUR LA R.C.A ET LE TCHAD

NATIONS UNIES:308 MILLIONS $ POUR LA R.C.A ET LE TCHAD
Central African Republic / Chad / Fifth committee takes up $308 million budget proposal for United Nations mission in Central African Republic and Chad


BANGUI, Central African Republic, June 5, 2008/African Press Organization (APO)/ — The Fifth Committee (Administrative and Budgetary) this afternoon took up the financing of the Organization's recently established multidimensional mission in the Central African Republic and Chad and discussed the status of documentation before the Committee.


Presenting the Secretary-General's $307.8 million budget request for the United Nations Mission in the Central African Republic and Chad (MINURCAT) for the period from 1 July 2008 to 30 June 2009 (document A/62/804), United Nations Controller, Warren Sach, said that it would provide for the deployment of 50 military liaison officers, 300 United Nations police officers, 512 international staff, inclusive of one international staff position funded from general temporary assistance and one post (Chief Security Adviser, funded through cost-sharing arrangements with the United Nations country team). The budget would also provide for 573 national staff, inclusive of one national staff position funded from general temporary assistance, 117 United Nations Volunteers and 25 Government-provided personnel.


Introducing the report of the Advisory Committee on Administrative and Budgetary Questions (ACABQ) (to be issued shortly as document A/62/781/Add.15), the Chair of that body, Susan McLurg, said that the recommendations of the Advisory Committee would entail a reduction of some $6.71 million in the proposed budget of MINURCAT. That reduction related to revised needs assessment for one fixed-wing aircraft and currently anticipated deployment of three helicopters in September. ACABQ recommended approval of the proposed staffing of the Mission.


The Mission faced many challenges, including poor physical infrastructure, difficult supply routes and long lead times for the procurement of goods and services, she said. The conditions of insecurity in eastern Chad did not permit the Mission to deploy civilian personnel without protection. To meet those challenges, MINURCAT relied on the capacities of EUFOR, which provided support to the Mission on a reimbursable basis. An assessment regarding arrangements for a follow-up to EUFOR, including a possible United Nations operation, would be undertaken in September 2008. Its outcome would be considered in determining whether any adjustments to the Mission's mandate would be needed.


In connection with considerable challenges with regard to resupply, MINURCAT had indicated that it would monitor the viability of cross-border arrangements with the African Union-United Nations Hybrid Operation in Darfur (UNAMID), she continued. Considerable savings could be achieved by using the same logistic assets to support facilities on each side of the border, and the Advisory Committee encouraged the missions to avail themselves, security permitting, of cross-border arrangements, reporting on them in the next budget submission.


The $125.4 million increase in the proposed budget, compared to the 2007-2008 period, was attributable mainly to the fact that provisions for military, police and civilian personnel were being made in full for a 12-month period, compared to an average of 8 months with a phased deployment during the current financial period, she said. Also contributing to the increase were the requirements for the construction of office facilities for some 2,370 personnel and accommodations for some 960 personnel in 7 locations, 6 police stations and 12 police posts.


At the opening of the meeting, the representative of France raised the matter of the absence of the French version of the ACABQ report on MINURCAT and called for an immediate explanation of the absence of documentation in six official languages. He added that the Secretary-General should also present a note at the beginning of the next session on specific steps taken to remedy that unacceptable situation and the matter should also be brought before the new Coordinator on Multilingualism.


Also, last Friday the Secretariat had received four ACABQ reports (some 87 pages) that had to be translated into all official languages, he said. He wanted to know who had decided to give precedence to MINURCAT and contingent-owned equipment, rather than translating the ACABQ reports, thereby introducing an element of discrimination in handling the reports. Why had the contingent-owned equipment report of the Secretary-General not been translated earlier?


That position was supported by the representatives of Benin, Gabon, Haiti, Djibouti, Senegal, Congo, Chad and Morocco. Speakers pointed out that, with little time left, the report on MINURCAT was available only in English, which made it extremely difficult to negotiate on the matter. That situation was unacceptable.


While stressing the importance of respect for multilingualism and rules on the six official languages, the representatives of Cuba, Egypt, Argentina, Venezuela, South Africa and the Sudan advocated the need for flexibility, pointing out that the Fifth Committee was supposed to have concluded its work last Friday. Faced with that situation, one should be realistic and practical and “opt for the lesser evil”, allowing for the introduction of documents in the language in which they had been submitted.


The Secretary of the Committee said that the delegates' concerns would be transmitted to the Department for General Assembly and Conference Management.


The Committee will meet again at 10 a.m. Thursday, 5 June.


* The 47th Meeting was covered in Press Release GA/10714.


SOURCE : Mission de l'ONU en République Centrafricaine et au Tchad (MINURCAT)




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# Posté le dimanche 22 juin 2008 13:15

EXACTIONS DES TROUPES DE BEMBA: BOZIZE EST IL DIRECTEMENT IMPLIQUE ?

EXACTIONS DES TROUPES DE BEMBA: BOZIZE EST IL DIRECTEMENT IMPLIQUE ?
Exactions des troupes de Bemba en RCA : aller au bout de la logique
Pour la manifestation de la vérité



Face à l'incompétence des juridictions internes pour se saisir et statuer sur ses accusations, il était temps que la cour pénale internationale prenne enfin ses responsabilités pour éclaircir les choses et se sortir de cette impasse. Cependant une série de questions restent en suspens.

La cour pénale internationale est-elle uniquement un tribunal pour les ressortissants des pays pauvres et des sans grades, un tribunal politique ? Ou tout simplement un tribunal pour les vaincus ? Qu'en est-il alors de ceux qui hier encore étaient à l'origine de la déstabilisation de leur pays respectif et qui aujourd'hui sont au pouvoir par la grâce des armes après avoir tout cassé, tout saccagé, violé et tué également. Les malheureux viols commis sur les femmes ne sont-ils pas les conséquences directes des multiples coups d'états contre un régime démocratiquement élu ? Et ce, avec la complicité directe, le silence coupable des institutions régionales, internationales ou carrément avec l'aide de certains états dont nous tairons ici les noms par simple pudeur, tant ces états sont parés d'oripeaux démocratiques ou se réclament de la patrie des droits de l'homme. A n'y rien comprendre comme dirait l'autre.

Il est nécessaire pour des raisons objectives et dans une prospective intellectuelle avant toutes autres considérations de nous arrêter un petit instant pour nous interroger sur le fond. Sans pour autant évoquer les multiples mutineries et autres man½uvres de déstabilisation dont le régime légal , issue des deux premières élections générales jamais organisée en république centrafricaine a été victime, il est nécessaire de nous arrêter et de nous interroger sur certains aspects du problème sans lesquels la compréhension, l'intelligibilité de tout ce qui s'est passé en Centrafrique depuis le coup d'Etat manqué du général André Kolingba du 28 mai 2001 ainsi que les nombreuses autres tentatives de putsch du général François Bozizé, de novembre 2001 et d'octobre 2002 ne soient possible.

Jamais en république centrafricaine un régime n'a été aussi ébranlé et vilipendé, jamais en république centrafricaine un régime civil ou militaire n'a été aussi déstabilisé par des éléments politisés de son propre armée nationale, ceux là- même qui sont sensé le protéger et ainsi assurer la souveraineté et la pérennité de l'Etat. En d'autres lieux, l'on parlera tout simplement de haute trahison parce que ces actes contre un régime démocratiquement élu, contre les institutions de la république ont été posés non pas par de simples soldats mais par des officiers généraux. Pour mémoire, en 1961 le général De Gaulle avait été confronté au même cas de figure, on sait ce qu'il en était advenu.

Que réserve alors la cour pénale internationale aux auteurs de coup d'état souvent aux conséquences graves contre les régimes élus ? Le pouvoir au bout du canon a-t-il la bénédiction de la dite cour ? Qu'en penses l'union africaine ? Et les nations-unis ? Et la France ? La chaine de responsabilité ne doit-elle s'arrêter qu'aux vaincus et aux plus faibles ? C'est-à-dire se limiter seulement aux conséquences. Mais alors, qu'en est-il des véritables raisons ? Voilà qui soulève la question des limites de la démocratie dans les pays pauvres face aux coups d'états financer et soutenu souvent par d'autres pays.

Ne serait-il pas plus juste et plus cohérent en dehors de toutes considérations partisanes et de toute passion de se poser les questions suivantes pour la manifestation de la vérité et établir une chaine des responsabilités. Les centrafricains dans leur majorité ne demandent qu'à comprendre, à connaitre la vérité. Comme toujours les véritables questions ne sont pas posées, comme toujours, on essaie de tromper la vigilance de notre bon peuple en jouant avec leur fibre affective pour dédouaner les véritables coupables.

Le régime du président Patassé n'était pas parfait. Nous étions alors aux balbutiements de notre démocratie. Si la communauté internationale avait voulu sincèrement aidé la République centrafricaine afin de préserver et encourager le processus d'apprentissage de la démocratie, elle l'aurait fait en dégageant les moyens, en y mettant la pression nécessaire car la démocratie est un long apprentissage de surcroit coûteuse. Il est vrai que des erreurs ont été commises ici et là mais fallait-il prendre les armes pour déstabiliser les institutions et provoquer un état de siège permanent ? Nous étions seulement à deux années des prochaines élections présidentielles. Pourquoi alors ce radicalisme ? N'aurait-il pas fallu laisser le peuple souverain de Centrafrique en décider ? Au lieu d'imposer à la population centrafricaine des hommes dont elle ne veut pas. (cf. Résultat des élections présidentielles de 1993, Bozizé = 1%)

L'appui militaire demandé en son temps par le président Patassé à Jean-Pierre Bemba pourrait se comprendre même si par la suite les troupes de Bemba ont dérapé une foi éloignées de leur base. Le président Patassé, n'était-il pas le garant de la constitution ? N'était-il pas le représentant d'un régime légal ? Conformément à la constitution, ne devait-il pas protéger coûte que coûte la nation menacée et en péril ? Lui, le président démocratiquement élu et abandonné de tous aussi bien par les troupes africaines de la CEMAC que par des militaires français qui devraient intervenir dans le cadre des accords de défense militaire devenus subitement caduques mais également par les soldats de sa propre garde présidentielle. S'il s'était enfui à la première tentative du coup d'état pour abandonner le pouvoir et ainsi préserver sa propre vie et celle de sa famille, pourtant, il en avait la possibilité, ne serait-il pas doublement condamnable ? Les généraux qui ont attenté à la légalité constitutionnelle à ce moment là connaissaient et savaient très bien les conséquences de leurs actes. Ils savaient très bien eux que l'on ne quitte pas ses troupes en difficulté et moins encore, un pays dont le peuple vous a investi pour assumer le pouvoir suprême.

C'est ainsi que deux jours seulement (le 30 mai) après que sa résidence fut prise d'assaut dans la nuit du 27 au 28 mai 2001, le président Patassé a pu obtenir du colonel Khadafi de lui envoyer en urgence des soldats libyens pour assurer sa sécurité. En même temps sont arrivés également les éléments du MLC de Jean-Pierre Bemba.

Alors que les troupes libyennes étaient cantonnées quasi exclusivement à la sécurisation du périmètre autour de la résidence du président Patassé, les éléments du MLC ont pris eux, une part active aux côtés des Forces armées centrafricaine commandés par un certain général Bozizé, dans les man½uvres militaires visaient à traquer pour les mettre hors d'état de nuire, les assaillants en débandade du putsch manqué, retranchés ça et là dans certains quartiers du sud ouest et est de la ville de Bangui. Une fois la situation sécuritaire relativement stabilisée, les troupes du MLC se sont retirées et ont regagné leur base en RDC.

Quant aux troupes libyennes, elles sont demeurées en place bien au-delà du sommet extraordinaire de la CEMAC qui a eu lieu le 2 octobre 2001 à Libreville et qui a décidé entre autres mesures, de leur retrait du pays. Il est vrai que de fortes pressions ont été notamment exercées par plusieurs chefs d'Etat africains ainsi que par les USA et la France, tant sur le colonel Khadafi que sur le président Patassé pour que les troupes libyennes puissent quitter Bangui et ainsi laisser le chemin libre aux putschistes.

La présence des troupes libyennes à Bangui n'était pas du tout du goût du président Tchadien Déby qui se voyait pris en tenaille. Lorsque les soldats libyens ont quitté enfin Bangui en novembre 2002, le processus d'un vaste complot international destiné à renverser le président Patassé venait d'être amorcé sans aucune difficulté. Ce qui a débouché sur le coup d'Etat du 15 mars 2003 pour installer le général Bozizé au pouvoir. Sinon, comment expliquer que les soldats des contingents des pays de la CEMAC pré-positionnés à Bangui, selon les termes de l'accord du 2 octobre de Libreville pour assurer la sécurité du président Patassé soient restés l'arme au pied. La garde présidentielle du président Patassé n'a guère bronché non plus. C'est pratiquement sans coup férir que les mercenaires de Bozizé et les éléments de la garde présidentielle de Déby ont pris le contrôle de Bangui en l'absence du président Patassé dont l'avion fut empêché d'atterrir et contraint d'aller se poser à Yaoundé.

S'agissant des troupes du MLC, les autorités centrafricaines de l'époque leur ont fait appel pour la seconde fois après la nouvelle attaque de la ville de Bangui par les mercenaires et rebelles du général Bozizé du 25 octobre 2002 au cour de laquelle le porte parole de la présidence, Prosper N'douba fut enlevé et séquestré par les hommes de Bozizé. C'est au cours malheureusement de leur intervention qui a duré pratiquement jusqu'au coup d'Etat du 15 mars 2003, qu'elles ont commis les exactions qui font l'objet aujourd'hui des investigations de la CPI et de la procédure judiciaire engagée contre Jean-Pierre Bemba. Jusqu'aujourd'hui, plusieurs zones d'ombre demeurent d'ailleurs sur les raisons et les circonstances de leur brusque retrait devant l'avancée des hordes de mercenaires et rebelles de Bozizé alors qu'elles étaient censées constituer des « bouchons » sur les deux axes (Boali et Damara) qui mènent à Bangui.

Sans vouloir chercher à trouver des excuses aux exactions commises par les troupes du MLC, on doit néanmoins commencer par se dire la chose suivante. Si le régime démocratiquement élu du président Patassé n'avait pas fait l'objet de toutes les tentatives de coup d'Etat qu'il a essuyées, en particulier celle meurtrières du 28 mai et 25 octobre 2001, le président Patassé n'aurait certainement pas fait appel à Bemba et ses troupes. Si l'accord de défense militaire entre la France et le Centrafrique avait été respecté. Si les dispositions de l'union africaine contre la prise de pouvoir par les armes étaient appliquées... Ces postulats sont essentiels pour la compréhension de la suite des événements.

Il est vrai que nos mères et nos s½urs ont été violé, nos pères, nos frères ont été battus, humiliés pour finir par être tuer et cela est condamnable à plusieurs égards mais à vouloir trop mettre l'accent sur le problème des viols de femmes et autres exactions des éléments du MLC durant leurs contre offensive, on en n'oublie même le principal motif de leur venue. Leur intervention fut décisive pour desserrer quelque peu l'étau autour du régime du président Patassé et délivrer les populations de certaines localités comme Sibut, Kaga-Bandoro, Kabo, Bouca, Bossangoa, Bozoum, Bata, complètement prises en otage plusieurs semaines durant par les mercenaires zakawa et les rebelles de Bozizé. Des documents audio et vidéo, ainsi que des photos reportage de la radio télévision nationale existent pourtant, qui relatent les témoignages accablants pour Bozizé et ses hordes, la liesse populaire et la joie des habitants de ces villes arrachés des griffes des bandits de Bozizé par les fameux « Banyamulengués » accueillis comme de véritables « libérateurs ».

L'acharnement que met la CPI à vouloir rendre justice aux victimes des éléments du MLC est sans doute louable mais devant quelle juridiction doivent répondre les auteurs de coups d'Etat dont les conséquences ont entraîné aussi des morts tout en constituant autant de crimes de guerre. La saisine de la CPI par le régime du principal auteur du coup d'Etat lui-même, ne pose-elle pas problème ? Bozizé est celui-là même qui a lancé ses mercenaires à l'assaut du pouvoir de Patassé qu'il voulait renverser le 25 octobre 2001. Les conséquences de cette attaque armée ont été terrifiantes. C'est ce fait qui a entraîné l'intervention des troupes du MLC qui a engendré certes les exactions que le parquet général de Bangui s'est déclaré incapable d'instruire pour que la CPI puisse s'en saisir. Le fait qu'il soit aujourd'hui ou non à la tête du pays ne saurait absoudre ni Bozizé de son forfait, ni le général Kolingba. Un proverbe centrafricain ne dit-il pas que la source de la rivière se trouve toujours en amont ? Autrement dit la source des problèmes centrafricains n'ont-ils pas commencé avec les mutineries et les coups d'états ?


Informé des exactions commises par les troupes du MLC à l'époque, le président Patassé a demandé à Jean-Pierre Bemba de prendre des sanctions appropriées contre les coupables. Celui-ci a fait procéder à des enquêtes de la chaîne de commandement et réuni un conseil de guerre et des sanctions ont bel et bien été prises à l'encontre des auteurs.

A présent que le processus est amorcé par la cour pénale internationale, gageons que la cour pénale internationale aille jusqu'au bout de la logique et que d'une part les différentes chaines de responsabilité concernant aussi bien tous ceux qui ont occupé une fonction décisionnelle quelconque que les auteurs de coups d'états soient établi définitivement pour la manifestation de la vérité vraie pour qu'enfin la population de la république centrafricaine le sache et se réconcilie définitivement avec elle-même.

D'autre part, au-delà du procès Bemba, c'est aussi le procès des organisations internationales incapables de se prononcer définitivement et fermement sur les auteurs des coups d'états contre des régimes élus démocratiquement, C'est le procès des accords de défense non respecté, C'est le procès des Etats-Unis d'Amérique et de la France qui ont fait pression sur le régime Patassé pour se séparer des troupes libyennes et n'ont pas proposer une alternative pour garantir la survie du régime et la sécurité des biens et des personnes , C'est le procès d'une armée nationale politisée, c'est le procès de toute la classe politique centrafricaine dans son ensemble qui sont à faire.


Vendredi 20 Juin 2008
Franck SARAGBA



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# Posté le dimanche 22 juin 2008 13:39

POUR QUE LE SOUFFLE NE RETOMBE PAS ...

POUR QUE LE SOUFFLE NE RETOMBE PAS ...
Sud Quotidien /CENTRAFRIQUE NEWS...
Pour que le soufflé ne retombe jamais
juin 2008 / Felix NZALE

C'était le mercredi 20 juin 2007, la veille de la fête de la musique. Un terrible coup du destin s'abattait sur le monde des arts et de la culture : Mamadou Konté tirait sa révérence. Tranquillement, à l'hôpital Principal de Dakar, le promoteur le plus acharné de la musique en Afrique faussait compagnie à ses camarades, non sans avoir tenu à jouer une dernière partition. Konté est parti, en effet, après avoir pris part, quelques jours plus tôt, à un grand séminaire sous-régional sur les stratégies de la lutte contre la piraterie et la contrefaçon des ½uvres de l'esprit organisé sous l'égide du ministère de la Culture.
Habité par un esprit de refus et fidèle à ses convictions de « retour au pays » pour assurer un développement africain endogène, l'« homme au chapeau » est à l'origine du développement de la carrière de plusieurs artistes qu'il a découverts, au nombre desquels on compte Baba Maal, Manu Dibango, Ismael Lô, Touré Kunda, Kassav, Angelique Kidjo, Salif Keita...

À Dakar où il dépose ses valises après qu'il a quitté la France, il mène ses activités. « Africa Fête », la structure qu'il a créé en 1978 pour sensibiliser l'opinion à la condition des travailleurs immigrés s'élargit à la production discographique, et à la formation professionnelle et devient, très rapidement, la tête de pont du réseau d'opérateurs africains réunis au sein de la structure « Circul'A ».

Enfin, « Tringa Musique et Développement » est la structure qui a porté les diverses activités d' « Africa Fête », en particulier le projet de mise en place de la Cité Internationale de la Musique Africaine, lieu de formation, de création, de diffusion et de distribution. Un modèle, faut-il le rappeler, de structuration du secteur musical en Afrique de l'Ouest.

En cette veille de la Fête de la musique, les pensées vont à celui qui, plus que quiconque, s'est battu pour que le soufflé de retombe jamais.


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# Posté le dimanche 22 juin 2008 13:49