Il y'a des corps de métiers dans ce monde qui requièrent pour les professionnels un minimum de liberté et d'indépendance garanties par la loi. Il en va ainsi d'ailleurs des métiers d'avocats, de magistrats, de journalistes, d'enseignants, de chercheurs... Car ce sont des corps des métiers qui trouvent leur inspiration et leur raison d'être dans le courage des professionnels mais aussi dans leur amour pour la vérité et la justice.
C'est donc dire que l'indépendance de la justice tant proclamée n'est pas un luxe. Il en va de même pour la liberté de la communication qui touche directement les journalistes des médias privés et publics. Car en toute chose, la justice et la presse (une justice indépendante et une presse libre) sont deux principaux remparts de la démocratie dans le monde. Tout doit être fait pour garantir une grande indépendance de ces corps de métier sans lesquels notre société serait qu'une jungle où règne « la loi du Talion », une véritable barbarie !
C'est dire que le combat pour la liberté de ces corps de métiers est un combat mérité et légitime. Un combat à soutenir contre les vagues déferlantes de l'autoritarisme et du pouvoir personnel. Or justement, la démocratie centrafricaine est menacée par ces vagues déferlantes incarnées par des hommes, des femmes ayant des mentalités et de méthodes rétrogrades.
Au fond, le peuple centrafricain, les combattants de la liberté et des droits de l'homme se sont battus depuis la colonisation contre ces mentalités et ces méthodes anti-démocratiques par le triomphe de la liberté, de la démocratie et des droits de l'homme !...
Il ne fait de doute pour personne que l'indépendance de la justice est bafouée en République Centrafricaine et que de ce fait la démocratie centrafricaine est menacée. Le bras de fer actuel du président de la République, institution régalienne et la Cour Constitutionnelle, est ici une preuve éclatante. Car si une Cour Constitutionnelle devait se soumettre aux injonctions d'un président de la République, fut-il omnipotent, c'est la fin de la démocratie et de la justice dans un pays comme la République Centrafricaine marquée par la précarité et la fragilité. Triste vérité !...
Prendre les armes pour renverser une mascarade de démocratie comme celle de Patassé est une chose ! L'acte a d'ailleurs été salué par l'écrasante majorité du peuple centrafricain. La communauté internationale avait même considéré cet acte comme un « acte de salubrité publique ».
Mais prendre les armes pour ensuite chercher à concentrer tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme est une tentation à la fois prétorienne et dictatoriale. La presse ne peut que dénoncer cette dérive et ne peut qu'appuyer sur la sonnette d'alarme pour éviter que la démocratie centrafricaine n'aille à sa perte. C'est sa mission qui est aussi une mission de salut public !... Grâce à Dieu !
Au demeurant, une Cour Constitutionnelle dont les membres ont prêté serment et dont les termes du serment sont clairs comme l'eau de roche, n'a pas besoin de se rebeller contre un pouvoir établi. Il joue son rôle constitutionnellement défini et doit veiller à la constitutionalité des actes posés par les pouvoirs publics, par les gouvernés et par les gouvernants. C'est précisément ce que vient de faire la Cour Constitutionnelle dans l'affaire TOTAL contre Etat centrafricain aux fins d'annulation d'une loi et d'un décret d'application jugés scélérats par la haute instance judiciaire de la République Centrafricaine. La Cour Constitutionnelle a simplement osé au nom de la loi et du peuple centrafricain. Elle n'a pas cherché à nuire à l'exécutif ni à lui faire allégeance. Sa mission n'étant pas de rendre service, de faire allégeance ou de plaire, son rôle est de dire le droit rien que le droit au nom du peuple centrafricain. Une mission de salubrité publique ! Indiscutable !
Mais quelle prouesse pour un chef de l'État qui réussit la prouesse exceptionnelle de se mettre à dos des officiers supérieurs, des universitaires ou intellectuels, des hommes politiques, des syndicalistes, des journalistes, des défenseurs des droits de l'homme et des magistrats ? François Bozizé seul contre tous ?
Est-ce raisonnable et surtout réaliste de la part d'un président de la République, Chef de l'Etat ?...
Il n'y a que dans la légende grecque que des « surhommes » comme Héraclès ou Hercule peuvent surmonter plusieurs obstacles ou dangers et finir par porter sur le dos large, le poids des problèmes du monde entier. Non, François Bozizé n'est ni un surhomme, ni Hercule ou Héraclès ! C'est un homme comme les autres avec ses forces et faiblesses et à ce titre il peut se tromper comme tous les hommes.
L'erreur est humaine, mais persister dans l'erreur est absolument diabolique comme nous l'enseignent les sages de ce monde. D'où nécessité pour lui de desserrer l'étau autour de la Cour Constitutionnelle qui ne saurait être une institution judiciaire de dernier recours uniquement taillée sur mesure et pour rendre service à un chef de l'État. Un grave recul !
Si le président de la République, chef de l'État est vraiment le garant de la Constitution de la République, c'est à lui et à lui seul de donner l'exemple à suivre du respect scrupuleux du principe sacro-saint de la séparation des pouvoirs sans laquelle toute démocratie sombre dans l'anarchie ou dans la dictature.
La République Centrafricaine n'a pas besoin d'un tel gâchis....